Partager l'article ! Village Dayak....: Je n’avais jamais véritablement exploré Kalimantan auparavant, car il n’y a aucune infrastructure touristique, mais auss ...
Je n’avais jamais véritablement exploré Kalimantan auparavant, car il n’y a aucune infrastructure touristique, mais aussi car il n’y a pas de transport en commun et généralement pas de route tout simplement. Toute aventure semble toujours une véritable histoire à organiser. Mais cette fois, la dame qui a ce business de bateau dont je vous ai déjà parlé et qui vit ici depuis 8 ans, son nom est Gaye, avait tout organisé. Elle a loué une voiture, trouvé un guide qui vit dans un village et arrangé avec lui où nous mangerions, dormirions... avec Hestu, Samuel, un anglais et Jackie, ma coloc australienne, nous avons juste suivi.
Ce fut d’abord 7 heures de voiture sur une route qui ressemblait à une vraie piste perdue au milieu de la jungle, ce que c’était d’ailleurs, pleine de trous et de bosses. La terre sur laquelle nous roulions était d’une belle couleur rouge.
Comme il avait beaucoup plu, à un moment, on s’est même retrouvé enlisé et les garçons ont dû pousser la voiture. Parfois on devait traverser la rivière, pour cela on utilisait une sorte de ferry fait de planches de bois où trois voitures maximum pouvait monter dessus (cf photo). C’était un peu effrayant de traverser la rivière sur des planches de bois avec 3 énormes voitures... mais en même temps plutôt marrant.
Nous avons ensuite échangé la voiture contre une pirogue. Deux heures sur la rivière, au milieu de la jungle, c’était magnifique. Nous avons longé une multitude de petits villages, découvrant la vie qui se jouait au bord de la rivière : les nombreux chercheurs d’or sur des machines drôlement bizarre,
les enfants jouant dans l’eau, les femmes lavant le linge, les hommes faisant leur toilette, les barques qui passaient... Ici pas de voitures ou de motos, seulement des petites barques pour se rendre d’un lieu à l’autre... c’était un autre monde à découvrir, un monde qui se joue, se construit et se vit sur et par la rivière... J’avais l’impression d’être dans un livre de Joseph Conrad...
Nous nous sommes arrêtés dans un petit village où avait lieu une cérémonie Dayak (les Dayaks sont les personnes qui vivent à Kalimantan). C’est une cérémonie qui se déroule sur plusieurs jours et qui a pour but de transférer les ossements des ancêtres dans des sortes de petits cercueils (on les appelle des “sandungs”). Dans chaque village et devant quelques maisons, on peut voir un bon nombre de ces petits cercueils tout colorés et ornés de décorations Dayaks (cf photos). Ces cercueils sont montés sur pilotis et entourés de nombreuses statues en bois, des sortes de totems. La signification de cette cérémonie est de permettre aux ancêtres de trouver leur chemin vers leur prochaine vie.
Cette cérémonie coûte très chère, aussi peu de famille peut en organiser une. Il faut sacrifier trois animaux, un poulet, un cochon et un buffalo que l’âme peut emporter dans son voyage vers l’au-delà. Ensuite les os du défunt qui reposaient dans un lieu provisoire sont lavés afin de purifier l’âme de ses péchés. Après toute une série de danses et de rituels, comme s’enduire le visage de poudre blanche, s’asperger les cheveux d’huile de noix de coco, ne pas dormir de la nuit, les os sont transférés dans les “sandungs”... Ils restent éveillé à l’aide de fort alcool de riz... Tous les villages aux alentours sont invités, et c’est à chaque fois une véritable fête, une occasion de se réunir.
Nous sommes arrivés le premier jour, aussi l’atmosphère était encore plutôt normale bien que certains commençaient à danser tout enduits de poudre blanche et à nous asperger d’huile de noix de coco. Mais le guide nous a dit qu’après la première nuit de veille, le lieu n’est plus vraiment recommandable car ils sont tous plus ou moins enivrés.
Après s’être baigné de l’atmosphère au rythme d’une musique lancinante jouée sur des gongs, nous sommes repartis sur notre petite barque, direction le village de notre guide pour découvrir notre habitation pour la nuit : une immense vieille maison en bois, datant de plus de 200 ans. C’était une maison traditionnelle Dayak... en anglais on les appelle les “long house” parce que leur particularité est d’être construite tout en longueur.
Vous savez en Indonésie, il y a 33 provinces, c’est un peu comme des régions et chaque province a une maison traditionnelle. Chaque maison reflète la culture locale et offre un exemple de l’art de la région. Chaque maison est donc très particulière et offre des architectures parfois très impressionnantes. Une maison traditionnelle, en général, sert d’habitation mais aussi de lieu de cérémonie et de réunion. Elles peuvent être parfois un espace public, ouvert à tous les habitants du village, ce qui était le cas de la maison dans laquelle nous arrivions.
Cette maison était impressionnante. Elle était entourée de magnifiques statues en bois perchées sur des pilotis, de piliers en bois mystérieux qui s’élevaient très haut vers les cieux et ces fameux petits cercueils qui se trouvaient aussi juste à côté de la maison. Un étroit et long escalier en bois menait à la porte d’entrée. C’était tout un exercice d’arriver au sommet. En effet, ces maisons sont construites sur des très haut pilotis, les protégeant des animaux et de la chaleur.
C’était en fait le but de notre voyage, découvrir ces maisons traditionnelles qui se font rare maintenant à Kalimantan. Cette “long house” était inhabitée car le toit est plein de trous ainsi que le plancher... mais autrefois elle abritait 4 familles. Il n’y avait bien sûr pas d’électricité, pas d’eau, pas de toilettes ou de douches et pas de meubles, sinon ça ne serait pas l’aventure... mais par contre il y avait un canon que des hollandais avaient apporté du temps de la colonisation ainsi que des objets et des armes dayaks. Plusieurs lances se trouvaient au-dessus de la porte d’entrée, dirigeaient vers l’extérieur pour protéger la maison des mauvais esprits. Et il y avait même une chaîne d’esclave...
La maison était plutôt effrayante, elle avait du charme certes mais elle était vieille, elle tombait en ruine, elle était sale et elle regorgeait de tous ces objets bizarres... Mais nous voulions tous goûter l’atmosphère et faire cette expérience. Nous sommes restés deux nuits, nous avons dormi sur des matelas dans la salle commune.
J’ai trop mal dormi, parce que des petites bêtes qui se trouvaient, probablement, dans le matelas m’ont drôlement irrité... et puis la première nuit, j’ai eu un peu peur... je sentais que c’était habité, que beaucoup de choses se passaient là-dedans... Par ailleurs, ça fait un an que je vis au rythme des histoires de fantômes, d’esprits, d’histoires en tout genre... Tout le monde croit aux esprits ici, ils les appellent les “jins”. Les villages Dayaks sont particulièrement réputés pour en abriter une quantité. Chaque maison de Rungan Sari a aussi son jin... mais les jins nous connaissent, alors ça va. Mais dans les villages, c’est une autre histoire, ils ne nous connaissent pas et nombre d’Indonésiens se sont montrés effrayés, à l’idée de notre petit voyage, à cause des jins précisément. Après un an de ces histoires, j’y crois, alors je m’imaginais plein de jins volant dans les airs au-dessus de moi.
Le lendemain, nous sommes allés explorer la jungle, la vraie, pas celle de Rungan Sari. Comme il avait beaucoup plu, nous étions obligés parfois de marcher avec de l’eau jusqu’au genoux...parfois c’était trop profond, alors notre guide, d’un coup de machette, nous construisait, en deux minutes, des petits ponts en bambous où l’on devait révéler ses talents d’équilibristes, seul Gaye est tombée, une fois, dans la rivière...
Je me demande parfois comment j’ai fait la plupart du temps...Au départ j’avais peur mais après un moment, je me suis dit, tu n’as pas le choix, alors autant les traverser avec dignité, c’est donc d’un pas presque confiant que je les traversais, étonnant parfois les autres qui se demandaient comment j’avais pu traverser toute seule, alors qu’eux avaient besoin de construire des sortes de canes que l’on plantait dans la rivière pour s’aider à traverser J
J’ai juste eu une belle frayeur avec une araignée qui s’était posée sur ma main, Hestu a eu la sienne avec un petit serpent qui lui a filé entre les jambes, Samuel, quant à lui, nous dénichait toutes les variétés de mille-pattes, chenilles ou espèces en ce genre, énorme, noire, rouge ou orange, Jackie a choisi de mettre sa main sur une branche qui s’est révélée malheureusement une branche de rotin, pleine d’épines et Gaye est tombée dans la rivière...Et puis nous avons eu de belles surprises comme d’entendre le cri des gibbons ou des hornbills qui se faisaient soudain entendre au milieu de cette flore intrigante et fascinante. C’était une merveille d’observer les lianes s’entremêlant dans les branches noueuses des arbres, les drôles de champignons poussant sur les arbres, les nids de fourmis, les couleurs de mousse ou du sol... c’était super... L’atmosphère était très intéressante, c’était une bonne atmosphère en fait. Après être sorti de la jungle, le guide nous a dit que c’était l’une des jungles les plus habitées, en jins... un peu un lieu sacré...
Sinon pour ce qui se trouve de l’aspect matériel du séjour, les douches et les toilettes se trouvaient dans la rivière... des petites cahuttes en bois longent la rivière qui servent à cet usage-là... Donc la douche a lieu dans la même eau que l’évacuation des toilettes J
Les repas, pris sur le sol, à la lueur de bougies, se constituaient de poisson, de poisson et encore de poisson, ah et puis du riz pour changer...Au début, c’était bon... et puis après, peu importait, l’atmosphère était si spéciale, dans ce village, au milieu de nulle part, sans électricité, tous ensemble en train d’écouter des histoires de magie dayak...
Comme cette maison traditionnelle est un espace public, les habitants du village venait pour bavarder, nous racontant plein d’histoires au sujet des anciens Dayaks... Ils nous ont raconté que les premiers Dayaks étaient si grands que leur poitrine équivalait à la longueur de 7 mains... qu’ils avaient pleins de pouvoirs... Alors qu’ils nous racontaient ces histoires à la lueur des bougies, dans cette maison d’un autre âge, j’avais l’impression qu’une autre histoire se déroulait à l’arrière, dans la pénombre, une autre réunion, immobile et discrète, qui se déroulait sans nous et avec nous....
Après ces deux jours, changement de lieu, sur notre pirogue encore... 2 heures de barque sous un soleil éclatant, sans crème solaire et sans chapeau avec la réverbération de l’eau de la rivière, intéressante expérience pour voir à quel point tu peux brûler... ces 2 heures de barques nous ont mené plus au nord sur la rivière, à la découverte d’une autre maison traditionnelle, tout aussi impressionnante mais en meilleur état. C’était un lieu historique, car ce fut le lieu où un traité de paix entre les Hollandais et plusieurs tribus Dayaks fut signé. Les représentants des tribus Dayaks vinrent de toutes les parts de Kalimantan, à pied, en barque... Les Dayaks sont réputés pour leur connaissance de la jungle, de la magie et de la célérité... Une tribu, vivant retirée dans les montagnes, est réputée courir si vite qu’on ne peut les apercevoir...
Ensuite ce fut 4 ou 5 heures de barque pour revenir sur nos pas, redescendre la rivière, retrouver une route et reprendre la voiture. Le soleil était fort mais rendait le paysage, le ciel, la rivière magnifique... Je me suis laissée porter par le sentiment de me trouver là, au milieu de la jungle de Kalimantan, sur cette rivière qui semble le cœur, le centre de la vie de ces Dayaks... un peu et même beaucoup effrayée par les rapides que nous croisions, qui faisait tanguer la barque... J’ai appliqué mon expérience du rafting : prier, prier et encore prier... Au début, à chaque fois que nous croisions un rapide, Gaye me lançait un regard du genre : "n’oublie pas de prier..." On commence tous à avoir l’habitude, quelque soit le moyen de transport que l’on peut prendre en Indonésie, il vaut mieux prier avant et pas trop y penser...
Nous sommes passés devant l’un des lieux sacrés Dayaks, un énorme rocher... C’était très beau mais plein de rapides effrayants... On pouvait sentir, encore une fois, que c’était vivant, habité et que ces rapides étaient peut-être un moyen de protéger le lieu... ou alors ce n’était que mon imagination.
Après ces 4 jours, baignés d’histoires, de magie, de symboles, de découvertes, nous voilà rentrer dans la civilisation, chemin en sens inverse sur cette terre rouge et cahoteuse qui nous porte vers notre petit confort de Rungan Sari.
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