Partager l'article ! Malang et mon masque: La dernière fois que j'étais allée à Malang, j’avais commandé à un de mes amis artiste un masque t ...
La dernière fois que j'étais allée à Malang, j’avais commandé à un de mes amis artiste un masque traditionnel, un “topeng”. Je vous en avais déjà parlé, ces masques sont utilisés pour certain types de danses et peuvent réellement modifier la personnalité du danseur selon le personnage qu’il représente. Ces masques ont en quelque sorte un pouvoir magique. Leur fabrication doit suivre une préparation spirituelle. Par exemple, l’artiste doit jeûner 3 jours avant de commencer le masque et parfois durant la fabrication même. De plus, pendant la fabrication il y a aussi toute une série de rituels et de méditations, car le masque doit véritablement correspondre à la personne à qui il est destiné. Je trouve cela vraiment fascinant. Mon ami est donc artiste-masque, il s’appelle Suli et il a le don de deviner le personnage de Wayang (le théâtre traditionnel javanais) qui correspond à notre personnalité. Pour plaisanter, il avait dit que j’étais Hanuman, le singe blanc du Ramayana... Mais après quelque temps, il a pensé que le personnage qui me correspondait était la déesse Kili Suci, une princesse javanaise du royaume de Kediri. (Je sais, une princesse javanaise J) Le royaume de Kediri se trouve à l’est de Java, à deux heures à l’ouest de Malang.
Je parle de royaume, car autrefois, l'île de Java était divisée en plusieurs royaumes hindouistes et bouddhistes, qui s’affrontaient les uns aux autres pour étendre leur pouvoir. Les musulmans vinrent après, au quinzième siècle, étendant peu à peu leur emprise sur le pays.
Vers l’an 1000, un roi nommait Airlangga fonde le royaume hindouiste “Kahuripan” (ce royaume se trouve sur l’actuel Kediri). Il se marie avec la fille du roi du royaume bouddhiste de “Srivijaya”. Airlangga est connu pour sa tolérance religieuse dans l’histoire de l’Indonésie. Les arts et la littérature fleurissent aussi sous son règne.
Airlangga
Leur premier enfant fut une fille Sanggramawijaya, qui sert de référent historique pour construire la légende de la déesse Kili Suci. Airlangga désirant que sa fille gouverne le royaume, commence son instruction dans ce sens-là. Mais après un temps, Sanggramawijaya supplie son père de la laisser se retirer dans les montagnes pour méditer. Cette princesse javanaise finit donc ses jours, en tant qu'ermite, dans la grotte de Selomangleng en Kediri et devient ainsi connue comme la déesse Kili Suci.
Kili
Suci
Le roi Airlangga est alors obligé de céder le royaume à ses deux fils. Le royaume est donc divisé en deux, le royaume de Kediri et le royaume de Janggala. Airlangga finit également sa vie comme un ermite.
Une autre légende est rattachée à Kili Suci qui a plusieurs variantes dans les détails. Je vous en donne une version : deux princes auraient demandé sa main. L'un, Lembu Suro, avait une tête de boeuf et l'autre, Mahesa Suro, de buffle. Kili Suci proposa un concours : créer en une nuit deux puits au sommet du mont Kelud, l'unnauséabont, l'autre parfumé. Les deux princes y parvinrent. Kili Suci fit alors une autre demande. Elle demanda qu'ils entrent dans ces puits. Quand ce fut fait, Kili Suci demanda à ses soldats de boucher les puits avec des pierres, tuant les deux princes. Mais avant de mourir, Lembu Suro eut le temps de prononcer un terrible serment : "ô gens de Kediri, demain vous subirrez une vengeance terrible. Kediri deviendra fleuve, Blitar deviendra terre et Tulungagung deviendra lac !" Pour contenir cette malédiction, chaque année, le 23 du mois javanais Suro, les habitants du village de Sugih Waras sur le flanc du Kelud font une offrande, en javanais cette cérémonie est appelée larung sesaji. C'est aussi ainsi que le mont Kelud devint un volcan.
Je me régalais donc de toutes ces histoires javanaises, du fin fond de ma jungle kalimantaise, attendant avec impatience mes vacances à Java où je devais me rendre chez mon ami, Doni, à Malang pour découvrir mon masque. J'espérais aussi que je pourrais me rendre en Kediri afin de découvrir cette grotte où Kili Suci se retira.
En attendant, j’essayais d'imaginer mon masque mais sans arriver à me le représenter véritablement. J’étais tellement obsédée par cette idée, qu’une nuit, j’en ai même rêvé, sans l’avoir jamais vu, même pas en photo. La couleur du visage finalement s’est révélée différente mais les couleurs des cheveux identiques à ce que j’avais rêvé. J Parfois mon ami, Doni, m’envoyait des messages me disant que mon masque me ressemblait vraiment et qu’il m’attendait, silencieux. Bref je trépignais d’impatience.
Quand je le vis pour la première fois, je fus émerveillée... Il était plus beau que tout ce que je pouvais imaginer... Il est magnifique, je l’ai adoré instantanément... Il est d’une belle couleur bleu et je trouve qu’en un sens, il me ressemble effectivement. Plusieurs personnes, dont un autre artiste en masque, ont dit qu’il me représentait bien. Mon ami Suli a jeûné 3 jours avant et il l’a fabriqué durant 3 semaines... Normalement, sans travail spirituel, un masque peut être finit en 2 jours.
Mon masque Kili Suci
Mon masque et son frère
J’ai rencontré Suli grâce à Doni. Je vous ai déjà parlé de Doni qui m’a appris à parler aux arbres et à la pluie et qui me raconte toujours mille et une histoires sur Java, jonglant avec les symboles, les mythes et les personnages de Wayang... C’est dans sa famille qu’à chaque fois je reste. Doni a entrepris une petite entreprise de T-shirt dans sa propre maison. Il a créé sa propre marque "Akarair" (les racines de l’eau). Les designs sur les T-Shirt parlent de Java, de sa culture. Il vend les T-shirt avec une notice explicative à propos d’un point de la culture javanaise, cela peut-être les masques, le Pancila, une histoire du Wayang....Son intention est de faire connaître sa culture afin qu'elle ne disparaisse pas.
Dans la famille de Doni, je fus très bien accueillie. J’avais apporté pour sa mère des petits cadeaux de Kalimantan et de Singapour (j’en revenais juste) et elle fut trop contente, disant que c’est comme si elle avait voyagé elle-même. Depuis la dernière fois que j’étais venue, la petite entreprise de Doni a bien grandi, il a maintenant plusieurs amis qui travaillent pour lui... Il dit ami, jamais employé... Je retrouvais un des amis de la dernière fois et en rencontrais de nouveaux. Ils sont tous trop gentils, c’est toujours un peu intimidant au début... que des garçons, parlant indonésien, non en fait, ils parlent tous javanais... moi une fille, une occidentale... Ils n’osent même pas me parler parfois, alors c’est à moi de me lancer en premier et de ne pas avoir honte de mon indonésien très limité. Une fois la première barrière passée, c’est toujours génial, je ressens toujours un sentiment de communion avec les amis de Doni... Ce sont la plupart du temps des jeunes qui, après une jeunesse pleine d’expériences en tout genre, ont maintenant une famille et essayent de mener une vie plus juste. Je me suis particulièrement bien entendue avec un des amis de Doni, Manaf qui pouvait parler anglais. Il ne travaille pas pour Doni mais il aime venir chaque jour après son travail pour écouter Doni parler de spiritualité et lui poser plein de questions. Il vient tous les jours, car il vient depuis 3-4 mois de découvrir, cet “univers de la spiritualité” et il est insatiable. Il m’a aussi posé plein de questions et je lui ai parlé de Subud et il a adoré...tous les jours il venait pour parler avec moi aussi après... C’était super....
Le dernier jour particulièrement, j’ai eu une de ces journées parfaites... Nous avons parlé tous les 3, Doni, Manaf et moi sur la terrasse qui jouxte l’atelier de T-shirt tout l’après-midi, bercé par la pluie. Après le dîner dans un petit restaurant chinois, ils m’ont demandé ce que je voulais faire pour ma dernière soirée. Pour plaisanter, je leur ai répondu que je voulais voir la Tour Eiffel. Ils n’ont rien dit, ils ont juste commencé à parler entre eux de concert ou de je ne sais trop quoi. Ils parlaient en javanais, j’avais juste l’impression qu’ils essayaient de trouver un petit endroit sympa pour boire un café. Finalement, nous enfourchâmes les mobylettes et nous voilà partis.
Comme on commençait à s’éloigner de la ville et à monter sur les hauteurs, je me suis dit qu’on allait dans l’un de ces petits cafés sur les bords de route, qu’en Indonésie, ils ont l’habitude d’installer sur les hauteurs de ville pour avoir une belle vue sur la ville et les montagnes qui l’entourent. Je me suis dit, super... J’adore ces petites gargotes, c'est toujours très animée et il y a une belle vue... Quand tout d’un coup, au loin, j'aperçois comme un grand complexe tout lumineux et Doni me dit, c’est là qu’on va. Je ne l’ai pas cru, Doni est du genre anti-décroissant, pour faire une comparaison occidentale. Il n’a jamais mis les pieds dans un mac Donald, regardé une série télévisé et il peut mettre 3 jours à répondre à un sms.... Mais tout d’un coup, plus on approche de ce complexe très lumineux et qui a l’air de ressembler à un parc d’attraction, ce qui me fait encore plus douter, je vois au loin, se détacher sur la nuit noire, une petite tour Eiffel tout éclairée... Je n’en revenais pas... Ils m’amenaient véritablement voir la tour Eiffel J
C’était bien un parc d’attraction. Et dans ce parc, il y avait un “lampion village”, un petit lieu aménagé avec plein de guirlandes lumineuses, de petites cabanes, de fontaines et de personnages féériques tout fait de lampions de toutes les couleurs. C’était trop joli et trop mignon, c’était véritablement magique. J’étais émerveillée... Ils me disaient “c’est ton univers, non? “, “ça ressemble à tes dessins et tes peintures”... Je n’en revenais pas... Je ne pouvais pas m’arrêter de sourire... Je ne pouvais pas croire qu’ils m’avaient amenés dans ce lieu, alors que ce n’est pas du tout leur style. Et puis au milieu du parc lumineux, cette fameuse tour Eiffel... Malheureusement, je n’avais pas mon appareil photo...
Et ce n’était que le dernier jour parce que ce n’est pas fini... Je n’ai passé que 5 jours à Malang, mais ce fut intense. Donc, j’arrive le premier jour, découvre mon masque, parle avec la famille, les amis de Doni et le soir, nous allons rendre visite à Suli, mon ami qui a fait le masque. J’adore où il habite.
Le rez de chaussée ressemble à tout intérieur indonésien, dépouillé... Les masques en cours de fabrication reposent dans la cuisine, à côté des légumes... Mais il suffit d’arpenter l’étroit escalier menant sur les toits pour découvrir son petit univers. Sous les étoiles, une multitude de plantes suspendues encadrent le lieu puis l’on pénètre dans sa petite antre, une minuscule petite pièce aux murs peints en bleu et rouge avec des peintures du genre expressionniste sur les murs, un sabre de Sumbawa et des masques bien sûr, de magnifiques masques. Pour compléter le tout, une moquette d’un bleu vif et un plafond recouvert de nuages peint sur fond bleu... Moquette, peinture des murs, vous devez vous demander pourquoi je parle de détails si insignifiants... mais c’est plus que rare, très très rare, voire exceptionnel de voir un intérieur pareil en Indonésie. Je vous avais déjà dit que la décoration intérieure est bien la dernière chose à laquelle peut penser un indonésien, même un artiste. Suli est donc une exception.
Le deuxième jour, cours de danse javanaise... Doni m’emmène chez un couple que j’avais déjà rencontré, je vous en avais aussi déjà parlé... Le mari est prof d’université en ingénieurie, il appartient à l’un de ces multiples groupes spirituels dont regorgent java, il est catholique et hindouiste et il connaît toutes les histoires de Java. Sa femme est prof de danse javanaise. Ils ont deux petits garçons adorables... Je me suis tout de suite bien entendue avec les enfants, qui m’ont comblée d’attention. Le plus petit, 5 ans, dansait trop bien, il n’arrêtait pas de me faire des démonstrations. Il avait des postures inouïes. Il était rigolo, il m’a suffit de lui faire 2, 3 grimaces pour tout de suite être adopté. Le plus grand, 7 ans, est plus discret, mais quelques sourires, quelques regards et attentions m’ont fait gagner sa confiance. Me voilà donc dans une famille javanaise, laissée toute seule par Doni, qui s’en est retourné à son travail... censée apprendre une danse qui m’est en tout inconnue et dans une langue dont je ne maîtrise que quelques mots.
Nous commencons donc dans un coin du salon avec les enfants qui s’amusent autour de nous, le mari qui discute à côté avec ses amis, une musique jouée par une cassette sur un vieux radio-cassette que l’on doit rembobiner tout le temps. Je me suis sentie un peu perdue, je n’ai jamais été douée en danse mais là, en plus avec des explications en indonésiens, j’ai eu rapidement un mal de tête et une vague de découragement m’a envahie... alors plus je me sentais incapable et plus je n’arrivais pas à faire les mouvements les plus simples... mais on a vite fait une pause...
Nous sommes allés, avec les enfants, se promener dans les rizières, observer les canards qui gambadaient joyeusement dans les jambes des fermiers, nous nous sommes assis sous un petit abri traditionnel pour se protéger de la pluie et bavarder avec les gens. Les enfants étaient fiers de me montrer tout cela, comme sur leurs dessins qu’ils m’avaient montré précédemment. J’adore les dessins des petits indonésiens parce qu’ils dessinent des rizières, des fermiers avec leur petit chapeau pointu, les petits abris en bois... Nous sommes ensuite rentrés, nous avons repris la danse, je me sentais plus à l’aise... mais à nouveau pause... les enfants avaient faim... Nous voilà donc partis pour manger dehors, dans un petit restaurant, les enfants me tenaient la main, tout le monde me regardait, comme d’habitude... soupe de chèvre... c’était délicieux... On reprend la danse un peu, puis les enfants avaient sommeil mais refusaient d’aller dormir si je ne me couchais pas avec eux dans leur lit. Le petit s’est endormi dans mes bras puis je me suis endormie aussi, la danse devait m’avoir épuisée...
Le lendemain, on recommence... Et on va chercher les petits à l’école... J’ai encore vécu un de ces moments surréalistes... Me voilà, à la sortie de l’école, au milieu des mères de famille, amies de ma prof de danse, discutant, plaisantant, grignotant des fruits juste achetés au vendeur ambulant (qui ne manque pas à la sortie des écoles)... la seule occidentale à des kilomètres à la ronde, me sentant bien, ni étrangère, ni déplacée... Je ne comprends presque rien, je suis dans une ville inconnue, avec des gens que je ne connais pas, si ce n’est ma prof de danse et encore que depuis quelque jours, tout le monde me regarde mais en même temps pas tant que ça, tellement je dois être d’un naturel déconcertant, je m’étonne moi-même parfois. Ou que j’aille et même à Jakarta, tout le monde se retourne sur moi, alors imaginez dans une petite ville, à la sortie d’une école, j’aurais dû me sentir inconfortable et bien même pas... ça doit être l’habitude ou alors j’adore si bien ce pays que je me confonds, presque, avec l’atmosphère générale. Puis danse, puis pause, puis danse, puis pause... ma prof de danse est marrante, elle est un peu espiègle... Nous sommes allés nous promener dans la nuit toutes les deux, dans les rizières ou dans l’université de son mari, pour me montrer le lieu, rigolant et plaisantant ensemble... Son mari me raconte ensuite des histoires de Java, de Wayang, de légendes dans un mélange d’indonésien, de javanais et d’anglais... avec la fatigue de la journée, je ne comprends presque rien... alors qu’il me raconte des petits trésors j’en suis sûr... J’attends Doni pour me traduire...
Le soir, nous allons chez un autre artiste qui fait des masques, Nono... Il venait de terminer un masque énorme, effrayant, magnifique, avec des vrais cornes... Je crois, si j’ai bien compris, que c’était Lembu Suro, le personnage de l’histoire de Kili Suci avec la tête de bœuf. Le masque reposait sur une sorte d’autel entouré d’encens, de café et de gâteaux, ses offrandes... ça devait rester là pour 3 jours. Sa femme est chanteuse et danseuse, elle vient d’une tribu des montagnes, de Bromo, un volcan a 3 heures environ de Malang. Il y avait aussi ces 2 petites sœurs, deux adolescentes, et un “dukung”, les médecins, guérisseurs, chamans, sorciers d’Indonésie... Ambiance surréaliste encore... c’est dommage que je ne maîtrise pas l’indonésien, car je rate beaucoup de choses et en même temps, ils parlent javanais entre eux, alors c’est un peu désespéré. Mais quand ils me traduisent, c’est toujours fascinant... On a parlé de mon masque et de l’histoire de Kili Sucu et d’Airlangga... Ils m’ont demandé pourquoi j’étais en Indonésie, je leur ai parlé de Subud, ils m’ont demandé de leur expliquer, ils ont bien aimé, c’est tout à fait en accord avec ce qu’ils croient. Ça leur a plu... Ils ont raconté plein d’histoires, j’étais émerveillée par les jeunes filles qui n’étaient pas du tout intimidées et qui, malgré l’heure tardive, écoutaient avec attention toutes les histoires. Avec l’école de Kalimantan, j’ai l’habitude d’adolescentes qui ont un téléphone portable greffé dans leur main, en permanence sur facebook, adorables mais pas plus intéressées que ça par la culture de leur pays. Là, c’était tout le contraire, elles semblaient passionnées par toutes ces histoires et avaient l’air d’en connaître déjà beaucoup. Ce fut une journée très riche pour moi.
Le quatrième jour... J’ai bien réussi mon coup... je bassinais Doni avec Kili Suci et sa grotte en Kediri depuis le début... Je voulais trop y aller sans oser demander directement, enfin à la fin, il a compris. On partit donc en Kediri, en mobylette avec Nono et Suli. Je fus bien escortée : 3 passionnés de leur culture... Je n’aurais jamais pu rêver meilleure escorte.
Nono, Doni et Suli
Deux heures de mobylette dans les montagnes, au début c’était beau, les rizières, les montagnes et puis après, j’ai dû recommencer mon système de prière ininterrompue, parce que c’était des virages à n’en plus finir, dans la descente, en montagne, et ils conduisaient vite, trop vite à mon goût... rien à faire, j’ai encore eu peur, je ne peux pas m’en empêcher... je m’imaginais tous les scénarios inimaginables d’accident possible... Décidément, je n’aime pas du tout la mobylette... Hestu dit qu’elle n’aime pas conduire avec moi, parce qu’à chaque fois, elle peut sentir ma peur....
Enfin, au final, nous arrivâmes dans l’ancien royaume de Kediri... la région actuelle s’appelle aussi Kediri et la ville principale aussi... J’ai retrouvé un de mes très bon ami qui était mon voisin avant à Kalimantan (il travaillait pour la défence des orangs utans) et qui habite à Kediri maintenant, j’étais trop contente de le revoir... Nous sommes d’abord allés voir la statue de Totok Kerok.
Totok Kerot est un monstre appartenant aux légendes javanaises. Certain pensent qu’il est toujours vivant, qu’il vit dans la statue. Mes amis observaient tous les détails avec attention, ils m’ont dit qu’ils pouvaient sentir qu’il y avait une atmosphère particulière dans le lieu et qu’en effet, il était encore vivant. Nono décida d’en faire un masque à son retour. Ensuite, finalement, nous sommes allés à la grotte de Kili Suci. J’étais aux anges. La grotte était magnifique, elle sert maintenant de lieu de culte aux Hindouistes.
Il y a une statue de Shiva à l’intérieur et des gravures scuptées dans la paroi rocheuse.
A mon tour, j’observai tout avec minutie, essayant d’imaginer Kili Suci, méditer dans le lieu.
Près de la grotte, il y avait un musée avec une statue d’Airlangga en posture de Shiva sur le Garuda.
Il y avait aussi un temple Hindouiste qu’ils ont appelés le temple de Kili Suci. Mais c’est un temple récent. Il y a une belle statue de Kili Suci à l’intérieur, mais c’est une statue moderne.
Près de la grotte, il y avait aussi une immense statue de Kili Suci mais encore une fois moderne.
Près de la grotte, se trouve également le mont Klotok où l’on peut trouver au sommet, des ruines de Kili Suci. Mais nous n’avions pas le temps d’escalader la montagne, aussi je n’ai pas la moindre idée de ce que pouvait être ces ruines.
Le soir nous rentrâmes à Malang, en mobylette, 3 heures dans la nuit noire... Je n’en pouvais plus, j’étais pétrie de crampes... Nous nous arretâmes à la maison de Nono où nous passâmes la nuit... Je dormis avec l’une des jeunes filles. Le matin, ils m’ont cuisiné un repas traditionnel et ils m’ont montré des vidéos de la femme de Nono en train de chanter et danser. Ils m’ont donné un des dvds. C’était bien d’être dans leur maison, de voir les masques en cour de fabrication et de me baigner de l’atmosphère générale. Ensuite nous rentrâmes chez Doni. C’était ma dernière journée, le reste de la journée, je l’ai passé, comme je vous le disais plus haut, à discuter avec Manaf et Doni.
Mais avant de prendre mon avion le dimanche, j’ai eu le temps de rencontrer le père de Doni qui ne rentre que ce jour-là dans sa famille. Il est chauffeur à Surabaya et il a un business d’oiseaux... Les oiseaux ont un statut particulier à Java. Chaque famille doit possèder un oiseau, voir plusieurs. C’est l’un des cinq éléments que doit posséder chaque javanais avec un kris (un couteau traditionnel mais qui est le symbole de la confiance en soi), une femme, une maison et un moyen de transport.
Dans la maison de Doni, il y a plusieurs oiseaux mais il y a aussi des poules et des coqs, une tortue et chacun ont un symbole particulier et ont, en quelque sorte, le but d’avoir une maison harmonieuse. Ainsi, au milieu de la ville, tout au lond de la journée, je pouvais entendre le piallement joyeux des oiseaux et des poules au milieu des prières lancinantes provenant de la mosquée la plus proche.
Le père de Doni a dit qu’il pouvait donner vie à mon masque mais qu’avant cela je devais l’amener à Kalimantan pour qu’il connaisse le lieu où j’habite et ma vie là-bas puis que je le ramène à la grotte de Kili Suci. Ensuite il pourra lui insuffler une sorte de souffle de vie. Mais il a ajouté que je devais faire attention et ne pas suivre Kili Suci parce que je suis Emilie, je ne dois pas devenir Kili Suci, mais au contraire c’est Kili Suci qui doit me suivre. J’ai trouvé cela plutôt sensé.
Je rentrais donc à Kalimantan avec mon précieux trésor dans mon sac, impatiente de le présenter à tout le monde. Les jins ont l’air en ce moment particulièrement intéressé par elle et viennent la nuit lui rendre une petite visite, ce que je n’aprécie guère... je leur ai demandé de partir, ce qui marche depuis 2 nuits... à suivre.
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