Le ramadan est fini....nous avons tous la déprime post-ramadan, du coup on continue à jeûner... En Islam, dans le mois qui suit le Ramadan on peut faire 6 jours de jeûne, du coup Samuel, Hestu, Alina, ma coloc, et moi, nous avons décidé de les faire, 3 jours cette semaine et 3 jours la semaine prochaine. Du coup on retrouve un peu le sentiment de la joie du ramadan... enfin il va bien falloir que ça s’arrête un jour.
Ce mois de ramadan fut vraiment, vraiment, vraiment génial. Je ne me suis jamais autant amusée, j’aurai presque envie de dire. J’étais trop heureuse. Je commence à avoir un peu l’habitude, aussi ne pas manger et ne pas boire est devenue relativement facile. Par contre, ce qui est plus dur c’est de contrôler ses pensées, c’est à dire ne pas avoir de mauvaises pensées, ne pas être triste, ne pas céder aux sentiments variables du cœur ou pleurer...en bref on doit limiter les émotions, ce qui est dur quand on ne mange pas, car on devient facilement irritable et émotionnel. Mais c’est un bon exercice, d’ailleurs, je me suis dit que j’allais le continuer après le ramadan, éviter les mauvaises pensées et ne pas se laisser submerger par les émotions est quelque chose finalement que l’on peut pratiquer tout le temps. Donc cela, ce fut plus dur pour moi et aussi de limiter mes heures de sommeil.
Les 20 premiers jours, je n’ai réussi à faire que 2 ou 3 longues nuits, c’est à dire rester éveillée jusqu’à 4h30 du matin mais le reste du temps, j’arrivais à tenir jusqu’à 1h, 1h30 du matin puis je me relevais pour le Sahur, le petit déjeuner que l’on doit prendre entre 3h et 4h puis je restais éveillée une demi-heure ou une heure puis je me recouchais jusqu’à 8h. Par contre les dix derniers jours, j’ai fait toutes les longues nuits et ça c’était trop trop dur, spécialement entre 2 heures et 3 heures du matin... je m’endormais systématiquement, sur mon ordinateur, sur mon livre... partout... du coup je mettais mon réveil pour me réveiller et je le faisais sonner toutes les 5 minutes. Les dernières nuits furent plus faciles, je restais avec Hestu et c’était un super sentiment. Pour les nuits de pouvoir, nous avons regardé une talk de Bapak avec tout le monde suivi d’un latihan. C’était vraiment super de faire ça, tous les deux jours, ça crée comme une sorte de rituel et ça prépare bien pour les longues nuits. Sinon nous avons fait aussi un latihan chaque nuit, à 1h30, c’était super et généralement, c’était pile le moment où la pluie se mettait à tomber et à faire un bruit de tous les diables. (Pardon pour les derniers petits détails Subud pour ceux qui ne comprennent pas...:)
Toutes les soirées étaient formidables en fait. Je vais essayer de vous décrire l’atmosphère.
Nous rentrions tous de l’école à 3 heures, chacun partait se reposer un peu dans sa chambre puis vers 4 heures nous nous rejoignions tous pour une partie de volley ball. C’était vraiment génial, nous avons fait cela presque tous les jours. Les colombiens de visite à Rungan Sari savaient très bien jouer. Ils nous ont appris à jouer et nous encourageaient tout le temps. Bien vite nous avons pu faire de véritables match. Je suis une fan de volley ball maintenant.
Une atmosphère incroyable régnait entre nous tous, une atmosphère de joie, de bonne humeur, de rire et une sorte de communauté se tissait entre nous tous. Il y avait les plus jeunes de Rungan Sari, les professeurs bénévoles, Hestu, des personnes plus âgées, les personnes s’occupant de la sécurité, les Colombiens bien sûr... C’était vraiment le meilleur moment de la journée pour moi, juste avant la rupture du jeûne, ce moment où nous étions tous ensemble en train de jouer et de s’amuser. Les rares fois où nous ne jouions pas, c’était quand les colombiens jouaient au foot. C’était alors un plaisir de les regarder, car ils sont excellents, ils connaissent plein d’astuces, c’est un bonheur à les observer. J’ai même joué un jour, c’était super. Puis vers 5h15, tout le monde regagnait bien vite sa maison respective pour une rapide douche, puis à 5h30, quand l’obscurité commençait à envahir Rungan Sari et que les oiseaux finissaient juste leur concert de prières noctambules, je scandais dans la maison “buka, buka, buka”.
A chaque fois, nous nous retrouvions une dizaine autour de la table. Toujours des nouvelles personnes et jamais ou toujours les mêmes. Tout le monde arrivait en même temps, Alina sortait les fruits du frigo, Hestu préparait les cubes de noix de coco et les sirops, je mettais l’eau à chauffer pour préparer le thé, Harris préparait les verres d’eau, Radya sortait les bols....on se mettait tous à la tâche et en 5 minutes la table était prête. Après une courte prière ou un petit moment de calme collectif, le cliquetis des couverts résonnaient. Pendant bien 5 minutes, c’était le silence absolu mais une fois rassasié, tout le monde parlait en même temps, partageait sa journée, ses expériences... une atmosphère incroyable régnait autour de la table et une joie indescriptible...
Ensuite nous allions tous dehors sur la terrasse, occasion pour les fumeurs d’allumer le première cigarette de la journée et les musiciens d’accorder leur guitare. Ainsi chaque soir, Harris et Hestu jouaient à la guitare tandis qu’Alina et moi ou Harris chantions... La joie, la sensation d’appartenance à une joyeuse communauté continuait.... Certaines personnes repartaient pour le dîner, de nouvelles arrivaient... Vers 7 heures, nous prenions tous ensemble le dîner puis c’était reparti pour la musique, des conversations à n’en plus finir sur le porche, des jeux organisés, des latihans où nous nous rendions. Tout cela continuait bien jusqu’à 11 heures, jusqu’au moment où les garçons devaient quitter le lieu, la règle est 10 heures normalement mais durant ce ramadan, toutes les règles étaient un peu assouplies (normalement c’est le contraire, durant le ramadan, ça doit être plus strict) mais je ne sais pas ce qui s’est passé mais notre maison était comme un aimant à joie et tout le monde venait. Difficile de mettre les gens dehors ou de rester enfermé dans sa chambre lorsqu’une telle atmosphère régnait. Après 11 heures, je restais dehors à discuter avec Alina, puis vers minuit, j’allais dans ma chambre et je peignais, j’ai fait plein de petites peintures durant de Ramadan...
Outre ces ruptures de jeûne à la maison, nous avons reçu beaucoup d’invitations et de nombreuses fêtes furent organisées. Aussi, souvent, c’était avec toute la communauté que nous rompions le jeûne, chez telle ou telle personne qui organisait la petite fête. La première occasion fut pour le jour de l’indépendance, nous avons rompu le jeûne tous ensemble puis chanté l’hymne nationale et eu droit à un énorme gâteau rouge et blanc... Un autre soir, ce fut les propriétaires de l’hôtel qui ont invité toute la communauté pour un dîner dans le restaurant de l’hôtel.
Puis nous avons eu la chance d’être invités (quand je dis nous c’est Hestu, Alina, l’anglaise et Jackie, l’australienne, mes colocataires) deux fois sur un magnifique bateau construit en bois. Ce bateau est un business d’une des résidentes de Rungan Sari. C’est un gros bateau, plus ou moins luxueux -pour le lieu- qui amène les touristes sur la rivière et les petits villages. Il y aussi des cabines pour dormir. Pour le Ramadan, certaines personnes avaient organisé une petite ballade sur la rivière autour de l’île des Orang-outans juste le temps de la rupture du jeûne et du dîner. La nourriture y est délicieuse et le cadre bien sûr paradisiaque. On peut s’allonger à l’arrière du bateau et bénéficier d’une vue imprenable sur le ciel étoilé. Dans l’obscurité, au milieu du croassement des grenouilles et des insectes en tout genre, je n’ai pas besoin d’en dire plus, pour décrire la magie du moment. Nous avons eu la chance aussi d’apercevoir deux hornbills, ce sont les oiseaux traditionnels de Kalimantan, qui se retrouve en décoration sur chaque toit de maison dayak traditionnelle. En français, je crois qu’un hornbill est un toucan, en tout cas ça y ressemble. J’ai mis des photos de ces deux expéditions sur le bateau dans le dossier “le bateau”. Je vais y mettre aussi des peintures de hornbills, peintures réalisées par un peintre français qui vit à Rungan Sari dans une magnifique maison. Son atelier est trop joli aussi.
Nous avons eu aussi une rupture de jeûne dans une magnifique et immense maison de Rungan Sari dont la maison appartient à Simon Guerrand. Il avait invité des danseurs dayaks, j’ai mis les photos dans le dossier “Ramadan 2010”. D’ailleurs sur les photos vous pouvez me voir en compagnie de mes amis et voir aussi le porche de la maison où nous discutions et jouions de la guitare le soir. Et je ne parle pas de toutes les autres petites invitations que nous avons eu. Nous ne sommes jamais invités durant l’année, c’est vraiment une tradition du Ramadan,d’inviter ses voisins pour la rupture du jeûne. Nous avons eu notre lot d’invitations et d’événements sociaux pour l’année.
En résumé donc, ce fut un incroyable ramadan avec tant de joie, de rire, de nouveaux amis et je n’ai jamais aussi bien mangé en Indonésie, ce qui est totalement paradoxal, je sais....J’ai quand même eu quelques terribles migraines après avoir rompu le jeûne certains soirs. Je crois que c’était parce que je ne buvais pas assez le soir. J’avais tellement faim en fait, que la plupart du temps après mon verre d’eau, je mangeais et qu’après avoir mangé, je ne ressentais plus la soif et j’oubliais de boire mais comme je n’avais rien bu de la journée, je devais être déshydratée. En tout cas, même plusieurs fois, j’ai cru que j’allais m’évanouir mais toujours après avoir mangé, jamais la journée lorsque je jeûnais, ce que je ne comprends pas du tout. En tout cas, vers la fin, j’ai compris et je me forçais à boire.
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