J'ai un nouveau blog.....
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La dernière fois que j'étais allée à Malang, j’avais commandé à un de mes amis artiste un masque traditionnel, un “topeng”. Je vous en avais déjà parlé, ces masques sont utilisés pour certain types de danses et peuvent réellement modifier la personnalité du danseur selon le personnage qu’il représente. Ces masques ont en quelque sorte un pouvoir magique. Leur fabrication doit suivre une préparation spirituelle. Par exemple, l’artiste doit jeûner 3 jours avant de commencer le masque et parfois durant la fabrication même. De plus, pendant la fabrication il y a aussi toute une série de rituels et de méditations, car le masque doit véritablement correspondre à la personne à qui il est destiné. Je trouve cela vraiment fascinant. Mon ami est donc artiste-masque, il s’appelle Suli et il a le don de deviner le personnage de Wayang (le théâtre traditionnel javanais) qui correspond à notre personnalité. Pour plaisanter, il avait dit que j’étais Hanuman, le singe blanc du Ramayana... Mais après quelque temps, il a pensé que le personnage qui me correspondait était la déesse Kili Suci, une princesse javanaise du royaume de Kediri. (Je sais, une princesse javanaise J) Le royaume de Kediri se trouve à l’est de Java, à deux heures à l’ouest de Malang.
Je parle de royaume, car autrefois, l'île de Java était divisée en plusieurs royaumes hindouistes et bouddhistes, qui s’affrontaient les uns aux autres pour étendre leur pouvoir. Les musulmans vinrent après, au quinzième siècle, étendant peu à peu leur emprise sur le pays.
Vers l’an 1000, un roi nommait Airlangga fonde le royaume hindouiste “Kahuripan” (ce royaume se trouve sur l’actuel Kediri). Il se marie avec la fille du roi du royaume bouddhiste de “Srivijaya”. Airlangga est connu pour sa tolérance religieuse dans l’histoire de l’Indonésie. Les arts et la littérature fleurissent aussi sous son règne.
Airlangga
Leur premier enfant fut une fille Sanggramawijaya, qui sert de référent historique pour construire la légende de la déesse Kili Suci. Airlangga désirant que sa fille gouverne le royaume, commence son instruction dans ce sens-là. Mais après un temps, Sanggramawijaya supplie son père de la laisser se retirer dans les montagnes pour méditer. Cette princesse javanaise finit donc ses jours, en tant qu'ermite, dans la grotte de Selomangleng en Kediri et devient ainsi connue comme la déesse Kili Suci.
Kili
Suci
Le roi Airlangga est alors obligé de céder le royaume à ses deux fils. Le royaume est donc divisé en deux, le royaume de Kediri et le royaume de Janggala. Airlangga finit également sa vie comme un ermite.
Une autre légende est rattachée à Kili Suci qui a plusieurs variantes dans les détails. Je vous en donne une version : deux princes auraient demandé sa main. L'un, Lembu Suro, avait une tête de boeuf et l'autre, Mahesa Suro, de buffle. Kili Suci proposa un concours : créer en une nuit deux puits au sommet du mont Kelud, l'unnauséabont, l'autre parfumé. Les deux princes y parvinrent. Kili Suci fit alors une autre demande. Elle demanda qu'ils entrent dans ces puits. Quand ce fut fait, Kili Suci demanda à ses soldats de boucher les puits avec des pierres, tuant les deux princes. Mais avant de mourir, Lembu Suro eut le temps de prononcer un terrible serment : "ô gens de Kediri, demain vous subirrez une vengeance terrible. Kediri deviendra fleuve, Blitar deviendra terre et Tulungagung deviendra lac !" Pour contenir cette malédiction, chaque année, le 23 du mois javanais Suro, les habitants du village de Sugih Waras sur le flanc du Kelud font une offrande, en javanais cette cérémonie est appelée larung sesaji. C'est aussi ainsi que le mont Kelud devint un volcan.
Je me régalais donc de toutes ces histoires javanaises, du fin fond de ma jungle kalimantaise, attendant avec impatience mes vacances à Java où je devais me rendre chez mon ami, Doni, à Malang pour découvrir mon masque. J'espérais aussi que je pourrais me rendre en Kediri afin de découvrir cette grotte où Kili Suci se retira.
En attendant, j’essayais d'imaginer mon masque mais sans arriver à me le représenter véritablement. J’étais tellement obsédée par cette idée, qu’une nuit, j’en ai même rêvé, sans l’avoir jamais vu, même pas en photo. La couleur du visage finalement s’est révélée différente mais les couleurs des cheveux identiques à ce que j’avais rêvé. J Parfois mon ami, Doni, m’envoyait des messages me disant que mon masque me ressemblait vraiment et qu’il m’attendait, silencieux. Bref je trépignais d’impatience.
Quand je le vis pour la première fois, je fus émerveillée... Il était plus beau que tout ce que je pouvais imaginer... Il est magnifique, je l’ai adoré instantanément... Il est d’une belle couleur bleu et je trouve qu’en un sens, il me ressemble effectivement. Plusieurs personnes, dont un autre artiste en masque, ont dit qu’il me représentait bien. Mon ami Suli a jeûné 3 jours avant et il l’a fabriqué durant 3 semaines... Normalement, sans travail spirituel, un masque peut être finit en 2 jours.
Mon masque Kili Suci
Mon masque et son frère
J’ai rencontré Suli grâce à Doni. Je vous ai déjà parlé de Doni qui m’a appris à parler aux arbres et à la pluie et qui me raconte toujours mille et une histoires sur Java, jonglant avec les symboles, les mythes et les personnages de Wayang... C’est dans sa famille qu’à chaque fois je reste. Doni a entrepris une petite entreprise de T-shirt dans sa propre maison. Il a créé sa propre marque "Akarair" (les racines de l’eau). Les designs sur les T-Shirt parlent de Java, de sa culture. Il vend les T-shirt avec une notice explicative à propos d’un point de la culture javanaise, cela peut-être les masques, le Pancila, une histoire du Wayang....Son intention est de faire connaître sa culture afin qu'elle ne disparaisse pas.
Dans la famille de Doni, je fus très bien accueillie. J’avais apporté pour sa mère des petits cadeaux de Kalimantan et de Singapour (j’en revenais juste) et elle fut trop contente, disant que c’est comme si elle avait voyagé elle-même. Depuis la dernière fois que j’étais venue, la petite entreprise de Doni a bien grandi, il a maintenant plusieurs amis qui travaillent pour lui... Il dit ami, jamais employé... Je retrouvais un des amis de la dernière fois et en rencontrais de nouveaux. Ils sont tous trop gentils, c’est toujours un peu intimidant au début... que des garçons, parlant indonésien, non en fait, ils parlent tous javanais... moi une fille, une occidentale... Ils n’osent même pas me parler parfois, alors c’est à moi de me lancer en premier et de ne pas avoir honte de mon indonésien très limité. Une fois la première barrière passée, c’est toujours génial, je ressens toujours un sentiment de communion avec les amis de Doni... Ce sont la plupart du temps des jeunes qui, après une jeunesse pleine d’expériences en tout genre, ont maintenant une famille et essayent de mener une vie plus juste. Je me suis particulièrement bien entendue avec un des amis de Doni, Manaf qui pouvait parler anglais. Il ne travaille pas pour Doni mais il aime venir chaque jour après son travail pour écouter Doni parler de spiritualité et lui poser plein de questions. Il vient tous les jours, car il vient depuis 3-4 mois de découvrir, cet “univers de la spiritualité” et il est insatiable. Il m’a aussi posé plein de questions et je lui ai parlé de Subud et il a adoré...tous les jours il venait pour parler avec moi aussi après... C’était super....
Le dernier jour particulièrement, j’ai eu une de ces journées parfaites... Nous avons parlé tous les 3, Doni, Manaf et moi sur la terrasse qui jouxte l’atelier de T-shirt tout l’après-midi, bercé par la pluie. Après le dîner dans un petit restaurant chinois, ils m’ont demandé ce que je voulais faire pour ma dernière soirée. Pour plaisanter, je leur ai répondu que je voulais voir la Tour Eiffel. Ils n’ont rien dit, ils ont juste commencé à parler entre eux de concert ou de je ne sais trop quoi. Ils parlaient en javanais, j’avais juste l’impression qu’ils essayaient de trouver un petit endroit sympa pour boire un café. Finalement, nous enfourchâmes les mobylettes et nous voilà partis.
Comme on commençait à s’éloigner de la ville et à monter sur les hauteurs, je me suis dit qu’on allait dans l’un de ces petits cafés sur les bords de route, qu’en Indonésie, ils ont l’habitude d’installer sur les hauteurs de ville pour avoir une belle vue sur la ville et les montagnes qui l’entourent. Je me suis dit, super... J’adore ces petites gargotes, c'est toujours très animée et il y a une belle vue... Quand tout d’un coup, au loin, j'aperçois comme un grand complexe tout lumineux et Doni me dit, c’est là qu’on va. Je ne l’ai pas cru, Doni est du genre anti-décroissant, pour faire une comparaison occidentale. Il n’a jamais mis les pieds dans un mac Donald, regardé une série télévisé et il peut mettre 3 jours à répondre à un sms.... Mais tout d’un coup, plus on approche de ce complexe très lumineux et qui a l’air de ressembler à un parc d’attraction, ce qui me fait encore plus douter, je vois au loin, se détacher sur la nuit noire, une petite tour Eiffel tout éclairée... Je n’en revenais pas... Ils m’amenaient véritablement voir la tour Eiffel J
C’était bien un parc d’attraction. Et dans ce parc, il y avait un “lampion village”, un petit lieu aménagé avec plein de guirlandes lumineuses, de petites cabanes, de fontaines et de personnages féériques tout fait de lampions de toutes les couleurs. C’était trop joli et trop mignon, c’était véritablement magique. J’étais émerveillée... Ils me disaient “c’est ton univers, non? “, “ça ressemble à tes dessins et tes peintures”... Je n’en revenais pas... Je ne pouvais pas m’arrêter de sourire... Je ne pouvais pas croire qu’ils m’avaient amenés dans ce lieu, alors que ce n’est pas du tout leur style. Et puis au milieu du parc lumineux, cette fameuse tour Eiffel... Malheureusement, je n’avais pas mon appareil photo...
Et ce n’était que le dernier jour parce que ce n’est pas fini... Je n’ai passé que 5 jours à Malang, mais ce fut intense. Donc, j’arrive le premier jour, découvre mon masque, parle avec la famille, les amis de Doni et le soir, nous allons rendre visite à Suli, mon ami qui a fait le masque. J’adore où il habite.
Le rez de chaussée ressemble à tout intérieur indonésien, dépouillé... Les masques en cours de fabrication reposent dans la cuisine, à côté des légumes... Mais il suffit d’arpenter l’étroit escalier menant sur les toits pour découvrir son petit univers. Sous les étoiles, une multitude de plantes suspendues encadrent le lieu puis l’on pénètre dans sa petite antre, une minuscule petite pièce aux murs peints en bleu et rouge avec des peintures du genre expressionniste sur les murs, un sabre de Sumbawa et des masques bien sûr, de magnifiques masques. Pour compléter le tout, une moquette d’un bleu vif et un plafond recouvert de nuages peint sur fond bleu... Moquette, peinture des murs, vous devez vous demander pourquoi je parle de détails si insignifiants... mais c’est plus que rare, très très rare, voire exceptionnel de voir un intérieur pareil en Indonésie. Je vous avais déjà dit que la décoration intérieure est bien la dernière chose à laquelle peut penser un indonésien, même un artiste. Suli est donc une exception.
Le deuxième jour, cours de danse javanaise... Doni m’emmène chez un couple que j’avais déjà rencontré, je vous en avais aussi déjà parlé... Le mari est prof d’université en ingénieurie, il appartient à l’un de ces multiples groupes spirituels dont regorgent java, il est catholique et hindouiste et il connaît toutes les histoires de Java. Sa femme est prof de danse javanaise. Ils ont deux petits garçons adorables... Je me suis tout de suite bien entendue avec les enfants, qui m’ont comblée d’attention. Le plus petit, 5 ans, dansait trop bien, il n’arrêtait pas de me faire des démonstrations. Il avait des postures inouïes. Il était rigolo, il m’a suffit de lui faire 2, 3 grimaces pour tout de suite être adopté. Le plus grand, 7 ans, est plus discret, mais quelques sourires, quelques regards et attentions m’ont fait gagner sa confiance. Me voilà donc dans une famille javanaise, laissée toute seule par Doni, qui s’en est retourné à son travail... censée apprendre une danse qui m’est en tout inconnue et dans une langue dont je ne maîtrise que quelques mots.
Nous commencons donc dans un coin du salon avec les enfants qui s’amusent autour de nous, le mari qui discute à côté avec ses amis, une musique jouée par une cassette sur un vieux radio-cassette que l’on doit rembobiner tout le temps. Je me suis sentie un peu perdue, je n’ai jamais été douée en danse mais là, en plus avec des explications en indonésiens, j’ai eu rapidement un mal de tête et une vague de découragement m’a envahie... alors plus je me sentais incapable et plus je n’arrivais pas à faire les mouvements les plus simples... mais on a vite fait une pause...
Nous sommes allés, avec les enfants, se promener dans les rizières, observer les canards qui gambadaient joyeusement dans les jambes des fermiers, nous nous sommes assis sous un petit abri traditionnel pour se protéger de la pluie et bavarder avec les gens. Les enfants étaient fiers de me montrer tout cela, comme sur leurs dessins qu’ils m’avaient montré précédemment. J’adore les dessins des petits indonésiens parce qu’ils dessinent des rizières, des fermiers avec leur petit chapeau pointu, les petits abris en bois... Nous sommes ensuite rentrés, nous avons repris la danse, je me sentais plus à l’aise... mais à nouveau pause... les enfants avaient faim... Nous voilà donc partis pour manger dehors, dans un petit restaurant, les enfants me tenaient la main, tout le monde me regardait, comme d’habitude... soupe de chèvre... c’était délicieux... On reprend la danse un peu, puis les enfants avaient sommeil mais refusaient d’aller dormir si je ne me couchais pas avec eux dans leur lit. Le petit s’est endormi dans mes bras puis je me suis endormie aussi, la danse devait m’avoir épuisée...
Le lendemain, on recommence... Et on va chercher les petits à l’école... J’ai encore vécu un de ces moments surréalistes... Me voilà, à la sortie de l’école, au milieu des mères de famille, amies de ma prof de danse, discutant, plaisantant, grignotant des fruits juste achetés au vendeur ambulant (qui ne manque pas à la sortie des écoles)... la seule occidentale à des kilomètres à la ronde, me sentant bien, ni étrangère, ni déplacée... Je ne comprends presque rien, je suis dans une ville inconnue, avec des gens que je ne connais pas, si ce n’est ma prof de danse et encore que depuis quelque jours, tout le monde me regarde mais en même temps pas tant que ça, tellement je dois être d’un naturel déconcertant, je m’étonne moi-même parfois. Ou que j’aille et même à Jakarta, tout le monde se retourne sur moi, alors imaginez dans une petite ville, à la sortie d’une école, j’aurais dû me sentir inconfortable et bien même pas... ça doit être l’habitude ou alors j’adore si bien ce pays que je me confonds, presque, avec l’atmosphère générale. Puis danse, puis pause, puis danse, puis pause... ma prof de danse est marrante, elle est un peu espiègle... Nous sommes allés nous promener dans la nuit toutes les deux, dans les rizières ou dans l’université de son mari, pour me montrer le lieu, rigolant et plaisantant ensemble... Son mari me raconte ensuite des histoires de Java, de Wayang, de légendes dans un mélange d’indonésien, de javanais et d’anglais... avec la fatigue de la journée, je ne comprends presque rien... alors qu’il me raconte des petits trésors j’en suis sûr... J’attends Doni pour me traduire...
Le soir, nous allons chez un autre artiste qui fait des masques, Nono... Il venait de terminer un masque énorme, effrayant, magnifique, avec des vrais cornes... Je crois, si j’ai bien compris, que c’était Lembu Suro, le personnage de l’histoire de Kili Suci avec la tête de bœuf. Le masque reposait sur une sorte d’autel entouré d’encens, de café et de gâteaux, ses offrandes... ça devait rester là pour 3 jours. Sa femme est chanteuse et danseuse, elle vient d’une tribu des montagnes, de Bromo, un volcan a 3 heures environ de Malang. Il y avait aussi ces 2 petites sœurs, deux adolescentes, et un “dukung”, les médecins, guérisseurs, chamans, sorciers d’Indonésie... Ambiance surréaliste encore... c’est dommage que je ne maîtrise pas l’indonésien, car je rate beaucoup de choses et en même temps, ils parlent javanais entre eux, alors c’est un peu désespéré. Mais quand ils me traduisent, c’est toujours fascinant... On a parlé de mon masque et de l’histoire de Kili Sucu et d’Airlangga... Ils m’ont demandé pourquoi j’étais en Indonésie, je leur ai parlé de Subud, ils m’ont demandé de leur expliquer, ils ont bien aimé, c’est tout à fait en accord avec ce qu’ils croient. Ça leur a plu... Ils ont raconté plein d’histoires, j’étais émerveillée par les jeunes filles qui n’étaient pas du tout intimidées et qui, malgré l’heure tardive, écoutaient avec attention toutes les histoires. Avec l’école de Kalimantan, j’ai l’habitude d’adolescentes qui ont un téléphone portable greffé dans leur main, en permanence sur facebook, adorables mais pas plus intéressées que ça par la culture de leur pays. Là, c’était tout le contraire, elles semblaient passionnées par toutes ces histoires et avaient l’air d’en connaître déjà beaucoup. Ce fut une journée très riche pour moi.
Le quatrième jour... J’ai bien réussi mon coup... je bassinais Doni avec Kili Suci et sa grotte en Kediri depuis le début... Je voulais trop y aller sans oser demander directement, enfin à la fin, il a compris. On partit donc en Kediri, en mobylette avec Nono et Suli. Je fus bien escortée : 3 passionnés de leur culture... Je n’aurais jamais pu rêver meilleure escorte.
Nono, Doni et Suli
Deux heures de mobylette dans les montagnes, au début c’était beau, les rizières, les montagnes et puis après, j’ai dû recommencer mon système de prière ininterrompue, parce que c’était des virages à n’en plus finir, dans la descente, en montagne, et ils conduisaient vite, trop vite à mon goût... rien à faire, j’ai encore eu peur, je ne peux pas m’en empêcher... je m’imaginais tous les scénarios inimaginables d’accident possible... Décidément, je n’aime pas du tout la mobylette... Hestu dit qu’elle n’aime pas conduire avec moi, parce qu’à chaque fois, elle peut sentir ma peur....
Enfin, au final, nous arrivâmes dans l’ancien royaume de Kediri... la région actuelle s’appelle aussi Kediri et la ville principale aussi... J’ai retrouvé un de mes très bon ami qui était mon voisin avant à Kalimantan (il travaillait pour la défence des orangs utans) et qui habite à Kediri maintenant, j’étais trop contente de le revoir... Nous sommes d’abord allés voir la statue de Totok Kerok.
Totok Kerot est un monstre appartenant aux légendes javanaises. Certain pensent qu’il est toujours vivant, qu’il vit dans la statue. Mes amis observaient tous les détails avec attention, ils m’ont dit qu’ils pouvaient sentir qu’il y avait une atmosphère particulière dans le lieu et qu’en effet, il était encore vivant. Nono décida d’en faire un masque à son retour. Ensuite, finalement, nous sommes allés à la grotte de Kili Suci. J’étais aux anges. La grotte était magnifique, elle sert maintenant de lieu de culte aux Hindouistes.
Il y a une statue de Shiva à l’intérieur et des gravures scuptées dans la paroi rocheuse.
A mon tour, j’observai tout avec minutie, essayant d’imaginer Kili Suci, méditer dans le lieu.
Près de la grotte, il y avait un musée avec une statue d’Airlangga en posture de Shiva sur le Garuda.
Il y avait aussi un temple Hindouiste qu’ils ont appelés le temple de Kili Suci. Mais c’est un temple récent. Il y a une belle statue de Kili Suci à l’intérieur, mais c’est une statue moderne.
Près de la grotte, il y avait aussi une immense statue de Kili Suci mais encore une fois moderne.
Près de la grotte, se trouve également le mont Klotok où l’on peut trouver au sommet, des ruines de Kili Suci. Mais nous n’avions pas le temps d’escalader la montagne, aussi je n’ai pas la moindre idée de ce que pouvait être ces ruines.
Le soir nous rentrâmes à Malang, en mobylette, 3 heures dans la nuit noire... Je n’en pouvais plus, j’étais pétrie de crampes... Nous nous arretâmes à la maison de Nono où nous passâmes la nuit... Je dormis avec l’une des jeunes filles. Le matin, ils m’ont cuisiné un repas traditionnel et ils m’ont montré des vidéos de la femme de Nono en train de chanter et danser. Ils m’ont donné un des dvds. C’était bien d’être dans leur maison, de voir les masques en cour de fabrication et de me baigner de l’atmosphère générale. Ensuite nous rentrâmes chez Doni. C’était ma dernière journée, le reste de la journée, je l’ai passé, comme je vous le disais plus haut, à discuter avec Manaf et Doni.
Mais avant de prendre mon avion le dimanche, j’ai eu le temps de rencontrer le père de Doni qui ne rentre que ce jour-là dans sa famille. Il est chauffeur à Surabaya et il a un business d’oiseaux... Les oiseaux ont un statut particulier à Java. Chaque famille doit possèder un oiseau, voir plusieurs. C’est l’un des cinq éléments que doit posséder chaque javanais avec un kris (un couteau traditionnel mais qui est le symbole de la confiance en soi), une femme, une maison et un moyen de transport.
Dans la maison de Doni, il y a plusieurs oiseaux mais il y a aussi des poules et des coqs, une tortue et chacun ont un symbole particulier et ont, en quelque sorte, le but d’avoir une maison harmonieuse. Ainsi, au milieu de la ville, tout au lond de la journée, je pouvais entendre le piallement joyeux des oiseaux et des poules au milieu des prières lancinantes provenant de la mosquée la plus proche.
Le père de Doni a dit qu’il pouvait donner vie à mon masque mais qu’avant cela je devais l’amener à Kalimantan pour qu’il connaisse le lieu où j’habite et ma vie là-bas puis que je le ramène à la grotte de Kili Suci. Ensuite il pourra lui insuffler une sorte de souffle de vie. Mais il a ajouté que je devais faire attention et ne pas suivre Kili Suci parce que je suis Emilie, je ne dois pas devenir Kili Suci, mais au contraire c’est Kili Suci qui doit me suivre. J’ai trouvé cela plutôt sensé.
Je rentrais donc à Kalimantan avec mon précieux trésor dans mon sac, impatiente de le présenter à tout le monde. Les jins ont l’air en ce moment particulièrement intéressé par elle et viennent la nuit lui rendre une petite visite, ce que je n’aprécie guère... je leur ai demandé de partir, ce qui marche depuis 2 nuits... à suivre.
Je viens de trouver cet article sur internet, lisez... C'est incroyable...
Je viens de trouver une nouvelle idole, cette écrivaine... Elle est incroyable... Elle a un blog racontant comment elle a aidé à reconstruire un village après un tremblement de terre.... http://bebekan-e.blogspot.com
Lien pour l'article sur le volcan si vous n'arrivez pas à bien lire ci-dessous: http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2010/11/08/au-dessous-du-volcan-merapi_1435837_3216.ht
Depuis le début du XXe siècle, le Merapi est entré en éruption à douze reprises, dont la plus mortelle, en 1930, fit 1 369 victimes. Dans un livre publié en 1949 (The Geology of Indonesia) Reinout Willem van Bemmelen, un géologue néerlandais, affirma que l'ancien royaume hindou de Mataram, près de l'actuelle ville de Yogyakarta, fut englouti en 1006 par une éruption du Merapi, qui aurait enfoui le temple bouddhiste de Borobudur sous une montagne de cendres.
Une théorie aujourd'hui contestée par plusieurs géologues et archéologues. Les temples engloutis l'auraient été sur plusieurs siècles, par couches successives de coulées pyroclastiques, ce mélange de laves, de boue et de cendres brûlantes, caractéristiques des éruptions du Merapi.
Depuis les années 1960, huit éruptions spectaculaires n'ont fait "que" 145 victimes, malgré une forte augmentation de la densité de population à moins de sept kilomètres du sommet. Mais le Merapi est devenu un des volcans les plus observés au monde. Les vulcanologues le considèrent comme un véritable laboratoire vivant.
Elisabeth D. Inandiak, écrivaine – auteur de Les Chants de l'île à dormir debout - le Livre de Centhini (Seuil) – et collaboratrice de Courrier International, vit en Indonésie depuis 20 ans, et habite dans l'île de Java, sur les flancs du volcan Merapi, entré en éruption mardi 26 octobre.
Elle raconte, pour Le Monde, cet événement au jour le jour. Ses conséquences humaines, matérielles, mais aussi spirituelles. Vénéré comme un dieu, le Merapi tient son nom de Meru, la montagne sacrée des hindous, et api, le feu en sanskrit. Plus de 100 000 habitants ont évacué les villages situés sur les pentes ou au pied du volcan depuis le début de l'éruption.
« Mardi 26 octobre au matin, je rentre d'une retraite de dix jours de méditation en Malaisie dont le thème était l'impermanence (tout ce qui apparaît, disparaît). En arrivant sur Yogyakarta, l'avion survole comme d'habitude le volcan Merapi qui est dans les nuages. L'état d'alerte maximum a été déclaré la veille à l'aube. Les vulcanologues évoquent la possibilité d'une éruption, digne de celle de 1930 qui fit plus de 1 300 morts, à une époque où les pentes du Merapi étaient beaucoup moins peuplées qu'aujourd'hui. Je prie pour que l'éruption ne se produise pas juste au moment où l'avion survole le volcan.
Quelques heures plus tard, vers 17 heures, gros orage, les vitres de mon bureau vibrent violemment. J'habite sur les pentes du volcan, à une vingtaine de kilomètres du cratère. Je me dis que le tonnerre peut masquer le bruit d'une éruption. Puis vers 19 heures, Sarah, ma fille, m'appelle : il vient juste d'y avoir une éruption."Allume la télé !" Curieux phénomène de voir à la télévision une catastrophe qui se passe à vingt kilomètres de chez soi, invisible, car dissimulée dans les nuages de l'orage. On voit surtout des milliers de personnes qui descendent en moto ou voiture vers les camps de réfugiés, ou plus bas, vers la ville, et la pluie de cendres qui recouvre tout et pénètre les poumons.
On parle d'une éruption de "nuées ardentes", on imagine juste des particules volatiles à 600 degrés de chaleur se déplaçant à grande vitesse dans l'air. En fait, ces particules ne sont que la condensation dans le ciel des coulées pyroclastiques, terrifiante mélasse de cendres et de boues brûlantes, de gaz sous pression et de blocs comprimés qui caractérisent les éruptions du Merapi.
Asep, mon fidèle collaborateur pour la reconstruction du village de Bebekan depuis le séisme de 2006, part aussitôt rejoindre l'équipe de sauveteurs dont il fait partie. C'est lui qui va m'informer, dans les heures qui suivent, de l'ampleur du désastre, bien avant les journaux de la télévision.
Vers 21 heures, il m'apprend que Ibu Pujowijowo, la chamane de Kinahrejo, le village du gardien du volcan, et son mari qui conduit le cheval sacré lors des offrandes annuelles, ont tout deux été transportés à l'hôpital, lui brûlé à 90%, elle à 75%, et que Mbah Marijan, le gardien du volcan, reste introuvable. Je me dis alors qu'il doit être mort, car la chamane et son mari, en cas de fortes activités volcaniques, se tiennent toujours près du gardien du volcan.
LE GARDIEN DU VOLCAN ET LE "VIAGRA JAVANAIS"
A minuit, les membres de l'équipe de sauveteurs rentrent du village de Kinahrejo où ils ont pénétré en prenant de grands risques dans les ténèbres brûlantes, sous la menace de nouvelles nuées ardentes. Ils ont trouvé seize corps, mais apparemment pas celui du gardien du volcan. Les informations télévisées et la rumeur publique développent toutes sortes de suppositions. Peut-être que Mbah Marijan a réussi à se cacher dans un lieu secret, protégé. Beaucoup d'Indonésiens lui attribuent des pouvoirs magiques ; même si son pamor – son charisme – a considérablement diminué depuis trois ans, depuis qu'il a vendu son image à une marque de "viagra javanais",Kuku Bima, l'ongle de Bima. Sans compter cette mini-tornade un jour, à l'approche de l'anniversaire du sultan et donc de la cérémonie des offrandes au volcan qui lui sont associées. Dans un grondement étrange, la tornade est descendue du Merapi et a pénétré par une fenêtre de la maison de Mbah Marijan, arraché le toit et est repartie sans toucher à aucune autre demeure du village. Le lendemain, dans la presse, certains y ont vu là un signe, bien sûr. Perdre son toit à Java, c'est perdre la tête. Le bruit a même couru que la cassette dans laquelle Mbah Marijan rangeait le reste de son cachet publicitaire avait été emportée par la tornade. C'était il y a trois ans. Cette année, en juillet, Mbah Marijan n'est pas monté porter les offrandes au volcan. La procession est partie sans lui.
Jeudi, à 6 heures du matin, Asep me téléphone : le corps calciné de Mbah Marijan vient d'arriver aux urgences de l'hôpital. Il l'a tenu un moment dans ses bras : comme une momie, il a été retrouvé derrière la porte de sa cuisine en position de sujut, le mouvement de prosternation dans la prière musulmane. A 11 heures du matin, la télévision n'ose toujours pas annoncer sa mort. On attend les résultats de l'ADN.
Pendant ce temps, je regarde, à la télévision, des images du village de Kinahrejo, à seulement une demi-heure de voiture de ma maison. Jusqu'ici, le village des arbres à quinine, également siège du gardien du volcan nommé par le Sultan, avait toujours été épargné par les éruptions. Aujourd'hui, Kinahrejo n'est plus qu'un champ de ruines et de cendres. La forêt tout autour est totalement calcinée, tout est blanc, on croirait de la neige.
Dans le village de Kinahrejo, les cendres ont envahi la maison de Mbah Marijan, le gardien du volcan, qui a refusé de quitter son poste malgré l'éruption.REUTERS/BEAWIHARTA
Un savant ami indonésien me dessine la carte du versant sud du Merapi. Il me montre comment Kinahrejo était jusque-là protégé par une colline, Gunung Kendil, au nord, juste au bord du torrent volcanique Gendol. En 2006, deux semaines après le séisme – en fait, non pas une éruption, mais l'effondrement des parois du cratère qui avaient été fendues par le séisme –, les coulées pyroclastiques se sont déversées dans le torrent Gendol, équipé de plusieurs barrages monumentaux construits dans les années 1990 en coopération avec le Japon. Plus de cent barrages sur tous les torrents du Merapi : un projet colossal et extrêmement coûteux.
BARRAGES MONUMENTAUX CONSTRUITS PAR LES JAPONAIS
L'ancien directeur du centre de vulcanologie du Merapi m'a expliqué il y a quelques mois que ces barrages étaient une aberration, que les Japonais avaient appliqué au Merapi une méthode qui convient parfaitement à leurs types de volcans de lave, mais pas au Merapi et à ses coulées pyroclastiques. En heurtant les parois de ces barrages, les matières minérales en fusion et sous pression explosent, rebondissent, se servant du barrage comme d'un tremplin et se déversent alors sur les terres hors du lit du torrent. Un phénomène qui s'est effectivement produit en 2006. Cette énorme masse de matière en fusion a aplani la colline Kendil, détruisant ainsi la forteresse qui protégeait depuis des siècles le village de Kinahrejo et en faisait un "site sacré". Kinahrejo se retrouvait dès lors aux premières loges. Les nuées ardentes se sont abattues sur lui ce mardi 26 octobre.
Les populations dans un rayon de moins de dix kilomètres du cratère avaient reçu l'ordre, la veille, d'évacuer leur village. Mais le gardien du volcan, Mbah Marijan, comme d'habitude, refusait de partir. Il disait que le volcan était sa maison, bonne ou mauvaise, qu'il devait en assurer la garde. Que chacun était responsable de sa propre sécurité : "Si on sent qu'il est temps d'évacuer, il faut évacuer et surtout ne pas suivre l'exemple de l'idiot que je suis qui n'est jamais allé à l'école."
D'ailleurs, mardi 26 octobre au matin, Mbah Marijan avait demandé à sa femme et à toute sa famille de partir. Ce qu'ils ont fait. Mais plusieurs hommes du village ont voulu rester à ses côtés, et les journalistes se pressaient autour de lui. Plus un volontaire de la Croix-Rouge qui tentait de le convaincre d'évacuer. La chamane et son mari étaient là aussi. Ils ont toujours dit qu'ils ne quitteraient jamais le volcan, quoi qu'il arrive. Ils font un avec lui. Asep, mon collaborateur, ajoute que les Javanais n'ont pas une pensée rationnelle, mais symbolique. Tout cela explique que sur les 32 morts de l'éruption, 31 ont été trouvés dans le village du gardien du volcan.
Mercredi, je reste prostrée à la maison, essayant de comprendre ce dernier geste de Mbah Marijan. J'apprends aussi que Ibu Pujowijowo, la chamane, est morte à l'aube des suites de ses brûlures. Cela m'affecte car j'aimais beaucoup cette femme. C'était elle qui "cuisinait" la résine de benjoin, les pétales de rose et de jasmin et les pièces de monnaie en fer blanc sur la grosse pierre de l'autel des offrandes. Elle dialoguait avec les esprits du Merapi jusqu'à la transe. Ce n'est que quand elle avait épuisé la transe que Mbah Marijan prononçait la prière coranique.
Soudain, il y a un grand vide sur le volcan : les personnes clés qui en avaient la charge spirituelle sont anéanties. Et le village sacré avec eux. Je sens ce vide au-dessus de moi, comme un gouffre, un immense courant d'air froid dans lequel la montagne de feu pourrait être emportée. Et puis il y a la grande tristesse d'avoir perdu presque un père. Car Mbah Marijan m'avait en quelque sorte adoptée, depuis que j'avais écris un conte qui s'était avéré "vrai" autour du volcan Merapi et des rêves de son gardien.
A la télévision, les images du village de Kinahrejo anéanti alternent avec celles du tsunami à Mentawai. Beaucoup plus de morts là-bas. Pourtant, l'éruption du Merapi fait plus parler d'elle, sans doute à cause de la figure emblématique de son gardien.
Le Merapi culmine à 2 914 mètres au milieu d'une région extrêmement peuplée du centre de l'île de Java. Considéré comme le volcan le plus dangereux du pays, la "montagne de feu" a déjà connu près de 70 éruptions depuis le milieu du XVIe siècle.AP/Trisnadi
Dans l'après-midi, je vais avec Asep au village de Bebekan, au sud de Yogyakarta, accueillir le dernier groupe de voyageurs d'ASIA qui dînent au village, le dernier groupe de l'année, avant la mousson. Ce sont ces trois ou quatre groupes par mois qui nous permettent de financer les activités du centre communautaire que nous avons construit depuis le séisme de 2006 dans ce village.
Je m'assieds dans la gargote du village, juste à côté du centre communautaire où les femmes jouent du gamelan. L'institutrice et la propriétaire de la gargote viennent me consoler.Il y a cinq ans, c'est moi qui les consolait au milieu des ruines de leur village. A présent, les ruines sont là-bas, au nord, sur le volcan.
DIX MILLE MAISONS NOYÉES SOUS UN FLOT DE BOUES BRÛLANTES
Aujourd'hui, jeudi, je pars avec Asep aux funérailles de Mbah Marijan, dans un cimetière haut sur le volcan, à l'est du village de Kinahrejo. Alors que nous croyons être en retard , nous nous retrouvons encadrés par des motos de la police : devant nous, le convoi qui transporte le corps du gardien du volcan. Sa famille est déjà dans le chemin qui conduit au cimetière. Il y a là Aburizal Bakrie, le milliardaire indonésien, ancien ministre des affaires sociales, chef du parti du Golkar (ancien parti du dictateur Suharto). Il est aussi membre de la famille qui possède Lapindo Brantas Inc, l'entreprise de forage accusée d'avoir réveillé un volcan souterrain à l'Est de Java, deux jours après le séisme de Yogyakarta. Huit cents hectares et plus de dix mille maisons noyés sous un flot de boues brûlantes, toxiques et nauséabondes. Sont présents aussi un des jeunes frères du Sultan, Gusti Prabukusumo, la fille cadette du Sultan. Et une foule de villageois.
A 16 heures et quelques minutes, une nouvelle éruption de nuées ardentes. En fin d'après-midi, avec Sarah, ma fille, son mari, Eross, deux cousins et Asep, nous allons porter des cartons de lait en poudre pour bébé et autres besoins de première nécessité – généralement oubliés par les aides officielles – dans le camp de réfugiés le plus haut sur le volcan, celui de Umbulharjo. Nous avons choisi ce camp (il y en a sept, pour plus de 16 000 réfugiés) parce que c'est là que se trouvent les survivants du village de Kinahrejo. A la différence des autres réfugiés, qui attendent que le volcan se calme pour regagner leur village, les gens de Kinahrejo n'ont plus de village où rentrer, et la plupart des femmes qui sont là ont perdu leur mari dans la nuée ardente.
Le camp est installé dans des bureaux du canton. Des réfugiés dans toutes les pièces sur des nattes. Deux mille cinq cents. La pagaille. Beaucoup de volontaires généreux, gais, dont des étudiantes voilées d'une université islamique cuisinant bénévolement aux côtés de religieuses catholiques, tout aussi voilées. Nous demandons aux responsables de quoi ils ont le plus besoin : de toilettes préfabriquées. En effet, il n'y a pratiquement pas de sanitaires. Pour deux ou trois jours, ces conditions sont supportables. Mais l'attente peut durer des semaines.
Les gens de Kinahrejo nous disent qu'ils ont besoin de lait pour les femmes enceintes. Le gardien du volcan est mort, la chamane aussi, mais les gens de Kinahrejo, soudain orphelins d'une géographie sacrée engloutie, sont désormais comme notre famille.
LA PLUIE DE CENDRES, COMME UNE IMMENSE PURIFICATION
Dans la nuit du vendredi 29 au samedi 30 : nous sommes réveillés par une pluie de cendres et de sable à 2 heures du matin. Et une forte odeur de soufre. Le Merapi a fait une grosse éruption juste après minuit et le vent pousse les cendres (non pas les nuées ardentes) vers le Sud, droit sur Yogyakarta. A 4 heures du matin, la pluie a cessé, nous repartons vers le Nord. Toutes les routes, les chemins de campagne, les arbres, les champs sont blancs, couverts de cendres, comme de la neige.
Je pense alors aux réfugiés du village de Kinahrejo dont le camp est situé dans le périmètre non sécurisé, c'est-à-dire à moins de dix kilomètres du sommet. A 8 heures du matin, nous apprenons qu'ils ont été déplacés dans la nuit dans une école primaire beaucoup plus bas. La chef du village nous raconte qu'à minuit, ce fut la panique. Ce n'étaient pas que des cendres qui leur tombaient dessus mais aussi du sable. Dans les ténèbres. Ce fut un vrai sauve-qui-peut.
Le lendemain, dimanche, à Yogyakarta, les partis politiques, les compagnies téléphoniques, les marques de produits alimentaires, les banques : tous plantent des banderoles à leur nom devant les camps et montent des tentes publicitaires. Le Sultan, gouverneur de la région, suggérera deux jours plus tard que toutes ces banderoles soient enlevées et remplacées éventuellement par le drapeau indonésien, car les réfugiés se sentent utilisés, instrumentés.
Mon ami Ito, biologiste, arrive à la maison émerveillé par la pluie de cendres de la nuit. Pour lui, c'est une bénédiction du volcan, une véritable miséricorde, sorte d'immense purification, régénération, et fertilisation. Ce sont les cendres du Merapi qui, depuis des siècles, voire des millénaires, fertilisent les terres du centre de Java qui sont les plus fertiles du monde. Dans un premier temps, quand elles tombent, elles obstruent les pores des feuilles des plantes, des arbres, surtout s'il ne pleut pas. Elles tuent une multitude de parasites et de micro-organismes, les verres de terre aussi. Ne survivent plus que les micro-organismes les plus résistants qui, alors, régénèrent toute la terre, et les cendres purifient aussi les eaux souterraines et en surface.
Ito me fait une description savante de ce cycle merveilleux des pluies de cendres. Du coup, je ramasse les cendres accumulées dans un coin de la salle de bain dont une partie est à ciel ouvert. Et je les garde dans une boîte, précieusement. Comme un échantillon de cette miséricorde. Car finalement, malgré ses éruptions spectaculaires, le Merapi donne beaucoup plus de vie qu'il ne tue."
Elisabeth D. Inandiak
(1) Bima est le plus fort des cinq frères Pandawa dans l'épopée indienne du Mahabharata. Il est doté d'une arme qui le rend invincible : l'ongle de son pouce droit. Ses exploits sont toujours célébrés à Java par le théâtre de marionnettes d'ombre. Si l'on ajoute à ce nom mythique de l'extrait de ginseng et d'hippocampe, l'érection est garantie. Depuis trois ans, Mbah Marijan pose sur les paquets de Kuku Bima aux côtés du champion de boxe indonésien Chris John. La pub passe non-stop à la télé et s'étale sur les armadas d'autobus de Jakarta.
Je n’avais jamais véritablement exploré Kalimantan auparavant, car il n’y a aucune infrastructure touristique, mais aussi car il n’y a pas de transport en commun et généralement pas de route tout simplement. Toute aventure semble toujours une véritable histoire à organiser. Mais cette fois, la dame qui a ce business de bateau dont je vous ai déjà parlé et qui vit ici depuis 8 ans, son nom est Gaye, avait tout organisé. Elle a loué une voiture, trouvé un guide qui vit dans un village et arrangé avec lui où nous mangerions, dormirions... avec Hestu, Samuel, un anglais et Jackie, ma coloc australienne, nous avons juste suivi.
Ce fut d’abord 7 heures de voiture sur une route qui ressemblait à une vraie piste perdue au milieu de la jungle, ce que c’était d’ailleurs, pleine de trous et de bosses. La terre sur laquelle nous roulions était d’une belle couleur rouge.
Comme il avait beaucoup plu, à un moment, on s’est même retrouvé enlisé et les garçons ont dû pousser la voiture. Parfois on devait traverser la rivière, pour cela on utilisait une sorte de ferry fait de planches de bois où trois voitures maximum pouvait monter dessus (cf photo). C’était un peu effrayant de traverser la rivière sur des planches de bois avec 3 énormes voitures... mais en même temps plutôt marrant.
Nous avons ensuite échangé la voiture contre une pirogue. Deux heures sur la rivière, au milieu de la jungle, c’était magnifique. Nous avons longé une multitude de petits villages, découvrant la vie qui se jouait au bord de la rivière : les nombreux chercheurs d’or sur des machines drôlement bizarre,
les enfants jouant dans l’eau, les femmes lavant le linge, les hommes faisant leur toilette, les barques qui passaient... Ici pas de voitures ou de motos, seulement des petites barques pour se rendre d’un lieu à l’autre... c’était un autre monde à découvrir, un monde qui se joue, se construit et se vit sur et par la rivière... J’avais l’impression d’être dans un livre de Joseph Conrad...
Nous nous sommes arrêtés dans un petit village où avait lieu une cérémonie Dayak (les Dayaks sont les personnes qui vivent à Kalimantan). C’est une cérémonie qui se déroule sur plusieurs jours et qui a pour but de transférer les ossements des ancêtres dans des sortes de petits cercueils (on les appelle des “sandungs”). Dans chaque village et devant quelques maisons, on peut voir un bon nombre de ces petits cercueils tout colorés et ornés de décorations Dayaks (cf photos). Ces cercueils sont montés sur pilotis et entourés de nombreuses statues en bois, des sortes de totems. La signification de cette cérémonie est de permettre aux ancêtres de trouver leur chemin vers leur prochaine vie.
Cette cérémonie coûte très chère, aussi peu de famille peut en organiser une. Il faut sacrifier trois animaux, un poulet, un cochon et un buffalo que l’âme peut emporter dans son voyage vers l’au-delà. Ensuite les os du défunt qui reposaient dans un lieu provisoire sont lavés afin de purifier l’âme de ses péchés. Après toute une série de danses et de rituels, comme s’enduire le visage de poudre blanche, s’asperger les cheveux d’huile de noix de coco, ne pas dormir de la nuit, les os sont transférés dans les “sandungs”... Ils restent éveillé à l’aide de fort alcool de riz... Tous les villages aux alentours sont invités, et c’est à chaque fois une véritable fête, une occasion de se réunir.
Nous sommes arrivés le premier jour, aussi l’atmosphère était encore plutôt normale bien que certains commençaient à danser tout enduits de poudre blanche et à nous asperger d’huile de noix de coco. Mais le guide nous a dit qu’après la première nuit de veille, le lieu n’est plus vraiment recommandable car ils sont tous plus ou moins enivrés.
Après s’être baigné de l’atmosphère au rythme d’une musique lancinante jouée sur des gongs, nous sommes repartis sur notre petite barque, direction le village de notre guide pour découvrir notre habitation pour la nuit : une immense vieille maison en bois, datant de plus de 200 ans. C’était une maison traditionnelle Dayak... en anglais on les appelle les “long house” parce que leur particularité est d’être construite tout en longueur.
Vous savez en Indonésie, il y a 33 provinces, c’est un peu comme des régions et chaque province a une maison traditionnelle. Chaque maison reflète la culture locale et offre un exemple de l’art de la région. Chaque maison est donc très particulière et offre des architectures parfois très impressionnantes. Une maison traditionnelle, en général, sert d’habitation mais aussi de lieu de cérémonie et de réunion. Elles peuvent être parfois un espace public, ouvert à tous les habitants du village, ce qui était le cas de la maison dans laquelle nous arrivions.
Cette maison était impressionnante. Elle était entourée de magnifiques statues en bois perchées sur des pilotis, de piliers en bois mystérieux qui s’élevaient très haut vers les cieux et ces fameux petits cercueils qui se trouvaient aussi juste à côté de la maison. Un étroit et long escalier en bois menait à la porte d’entrée. C’était tout un exercice d’arriver au sommet. En effet, ces maisons sont construites sur des très haut pilotis, les protégeant des animaux et de la chaleur.
C’était en fait le but de notre voyage, découvrir ces maisons traditionnelles qui se font rare maintenant à Kalimantan. Cette “long house” était inhabitée car le toit est plein de trous ainsi que le plancher... mais autrefois elle abritait 4 familles. Il n’y avait bien sûr pas d’électricité, pas d’eau, pas de toilettes ou de douches et pas de meubles, sinon ça ne serait pas l’aventure... mais par contre il y avait un canon que des hollandais avaient apporté du temps de la colonisation ainsi que des objets et des armes dayaks. Plusieurs lances se trouvaient au-dessus de la porte d’entrée, dirigeaient vers l’extérieur pour protéger la maison des mauvais esprits. Et il y avait même une chaîne d’esclave...
La maison était plutôt effrayante, elle avait du charme certes mais elle était vieille, elle tombait en ruine, elle était sale et elle regorgeait de tous ces objets bizarres... Mais nous voulions tous goûter l’atmosphère et faire cette expérience. Nous sommes restés deux nuits, nous avons dormi sur des matelas dans la salle commune.
J’ai trop mal dormi, parce que des petites bêtes qui se trouvaient, probablement, dans le matelas m’ont drôlement irrité... et puis la première nuit, j’ai eu un peu peur... je sentais que c’était habité, que beaucoup de choses se passaient là-dedans... Par ailleurs, ça fait un an que je vis au rythme des histoires de fantômes, d’esprits, d’histoires en tout genre... Tout le monde croit aux esprits ici, ils les appellent les “jins”. Les villages Dayaks sont particulièrement réputés pour en abriter une quantité. Chaque maison de Rungan Sari a aussi son jin... mais les jins nous connaissent, alors ça va. Mais dans les villages, c’est une autre histoire, ils ne nous connaissent pas et nombre d’Indonésiens se sont montrés effrayés, à l’idée de notre petit voyage, à cause des jins précisément. Après un an de ces histoires, j’y crois, alors je m’imaginais plein de jins volant dans les airs au-dessus de moi.
Le lendemain, nous sommes allés explorer la jungle, la vraie, pas celle de Rungan Sari. Comme il avait beaucoup plu, nous étions obligés parfois de marcher avec de l’eau jusqu’au genoux...parfois c’était trop profond, alors notre guide, d’un coup de machette, nous construisait, en deux minutes, des petits ponts en bambous où l’on devait révéler ses talents d’équilibristes, seul Gaye est tombée, une fois, dans la rivière...
Je me demande parfois comment j’ai fait la plupart du temps...Au départ j’avais peur mais après un moment, je me suis dit, tu n’as pas le choix, alors autant les traverser avec dignité, c’est donc d’un pas presque confiant que je les traversais, étonnant parfois les autres qui se demandaient comment j’avais pu traverser toute seule, alors qu’eux avaient besoin de construire des sortes de canes que l’on plantait dans la rivière pour s’aider à traverser J
J’ai juste eu une belle frayeur avec une araignée qui s’était posée sur ma main, Hestu a eu la sienne avec un petit serpent qui lui a filé entre les jambes, Samuel, quant à lui, nous dénichait toutes les variétés de mille-pattes, chenilles ou espèces en ce genre, énorme, noire, rouge ou orange, Jackie a choisi de mettre sa main sur une branche qui s’est révélée malheureusement une branche de rotin, pleine d’épines et Gaye est tombée dans la rivière...Et puis nous avons eu de belles surprises comme d’entendre le cri des gibbons ou des hornbills qui se faisaient soudain entendre au milieu de cette flore intrigante et fascinante. C’était une merveille d’observer les lianes s’entremêlant dans les branches noueuses des arbres, les drôles de champignons poussant sur les arbres, les nids de fourmis, les couleurs de mousse ou du sol... c’était super... L’atmosphère était très intéressante, c’était une bonne atmosphère en fait. Après être sorti de la jungle, le guide nous a dit que c’était l’une des jungles les plus habitées, en jins... un peu un lieu sacré...
Sinon pour ce qui se trouve de l’aspect matériel du séjour, les douches et les toilettes se trouvaient dans la rivière... des petites cahuttes en bois longent la rivière qui servent à cet usage-là... Donc la douche a lieu dans la même eau que l’évacuation des toilettes J
Les repas, pris sur le sol, à la lueur de bougies, se constituaient de poisson, de poisson et encore de poisson, ah et puis du riz pour changer...Au début, c’était bon... et puis après, peu importait, l’atmosphère était si spéciale, dans ce village, au milieu de nulle part, sans électricité, tous ensemble en train d’écouter des histoires de magie dayak...
Comme cette maison traditionnelle est un espace public, les habitants du village venait pour bavarder, nous racontant plein d’histoires au sujet des anciens Dayaks... Ils nous ont raconté que les premiers Dayaks étaient si grands que leur poitrine équivalait à la longueur de 7 mains... qu’ils avaient pleins de pouvoirs... Alors qu’ils nous racontaient ces histoires à la lueur des bougies, dans cette maison d’un autre âge, j’avais l’impression qu’une autre histoire se déroulait à l’arrière, dans la pénombre, une autre réunion, immobile et discrète, qui se déroulait sans nous et avec nous....
Après ces deux jours, changement de lieu, sur notre pirogue encore... 2 heures de barque sous un soleil éclatant, sans crème solaire et sans chapeau avec la réverbération de l’eau de la rivière, intéressante expérience pour voir à quel point tu peux brûler... ces 2 heures de barques nous ont mené plus au nord sur la rivière, à la découverte d’une autre maison traditionnelle, tout aussi impressionnante mais en meilleur état. C’était un lieu historique, car ce fut le lieu où un traité de paix entre les Hollandais et plusieurs tribus Dayaks fut signé. Les représentants des tribus Dayaks vinrent de toutes les parts de Kalimantan, à pied, en barque... Les Dayaks sont réputés pour leur connaissance de la jungle, de la magie et de la célérité... Une tribu, vivant retirée dans les montagnes, est réputée courir si vite qu’on ne peut les apercevoir...
Ensuite ce fut 4 ou 5 heures de barque pour revenir sur nos pas, redescendre la rivière, retrouver une route et reprendre la voiture. Le soleil était fort mais rendait le paysage, le ciel, la rivière magnifique... Je me suis laissée porter par le sentiment de me trouver là, au milieu de la jungle de Kalimantan, sur cette rivière qui semble le cœur, le centre de la vie de ces Dayaks... un peu et même beaucoup effrayée par les rapides que nous croisions, qui faisait tanguer la barque... J’ai appliqué mon expérience du rafting : prier, prier et encore prier... Au début, à chaque fois que nous croisions un rapide, Gaye me lançait un regard du genre : "n’oublie pas de prier..." On commence tous à avoir l’habitude, quelque soit le moyen de transport que l’on peut prendre en Indonésie, il vaut mieux prier avant et pas trop y penser...
Nous sommes passés devant l’un des lieux sacrés Dayaks, un énorme rocher... C’était très beau mais plein de rapides effrayants... On pouvait sentir, encore une fois, que c’était vivant, habité et que ces rapides étaient peut-être un moyen de protéger le lieu... ou alors ce n’était que mon imagination.
Après ces 4 jours, baignés d’histoires, de magie, de symboles, de découvertes, nous voilà rentrer dans la civilisation, chemin en sens inverse sur cette terre rouge et cahoteuse qui nous porte vers notre petit confort de Rungan Sari.
Pour le dernier jour du Ramadan, toute la communauté s’était réunie pour rompre le jeûne. La joie et une calme excitation se faisait sentir sur chaque nouveau visage qui arrivait. J’avais l’impression que c’était Noël, le même sentiment et la même joyeuse excitation pouvait se faire sentir. Une fois notre soif étanchée, nous voilà, chacun, étendant notre petit tapis à prière dans la salle de latihan pour faire les prières musulmanes. Je les ai faites aussi, j’aime bien, c’est marrant. Puis nous avons dîné et après, nous avons formé une longue queue, en forme de cercle, pour se demander pardon à chacun. C’est toujours un moment émouvant et plein de joie intérieure. Puis nous avons fait un latihan et ensuite discussion à n’en plus finir sur notre porche sur ce que nous avons ressenti et vécu durant ce Ramadan....
Le lendemain matin, le réveil fut matinal, 4h45, direction la mosquée pour les prières d’Idul Fitri... Idul Fitri est le nom du jour après la fin du Ramadan, c’est un jour vraiment spécial et bien sûr,férié. On doit, si on le veut et peut, revêtir des vêtements neufs, se laver, se couper les ongles....On est comme un nouveau né, lavé de ses fautes... Avec mes vêtements tout neufs, toute fière, je vais chercher Hestu, toutes les deux nous partons chercher Elias, un brésilien, avec Hestu et Elias, nous partons chercher les colombiens, avec Hestu, Elias et les colombiens, nous partons chercher Rashidah (“ma bosse” mais la personne que j’adore le plus ici, même si j’aime tout le monde) et nous voilà partis en direction de la mosquée pour une petite promenade matinale. Ils sont tous musulmans, sauf moi....
Alors que nous marchions au milieu des bananiers, cocotiers, traversions les petits villages au milieu du piaillement des oiseaux, nous croisions une multitude de personnes se rendant dans la même direction que nous. Certains hommes marchaient seuls, le tapis de prière autour du cou et le petit chapeau musulman sur la tête, d’autres avaient réussi à caser toute leur famille sur la mobylette, l’homme conduisant, les deux enfants au milieu et la femme à l’arrière, d’autre préfèraient rester entre jeunes, slalomant en mobylette avec leur vêtement tout blanc. Et nous au milieu, nous formions aussi une drôle de farandole, sujet aux regards curieux, étrangers que nous sommes, nous à la peau blanche dans ce pays qui n’est pas le nôtre, encadrés de géants, les colombiens, qui font deux fois leur taille et leur stature.
Nous arrivons à la minuscule mosquée tel Gulliver pénétrant dans le monde des Lilliputiens. Tout le monde nous regarde, certains touchent même les Colombiens, pour vérifier s’ils sont bien réels. Les hommes rentrent dans la mosquée, les femmes, nous, nous restons dehors, sur des nattes improvisées, extension de la mosquée qui se retrouve trop petite pour ce jour spécial. Dans une mosquée, les hommes sont toujours devant et les femmes derrière. J’enfile ma “murkena” (le vêtement qui cache tout le corps et les cheveux pour faire les prières) et me fait invisible. C’est ma cape d’invisibilité...:) Je crée ma petite bulle, mon petit espace sur mon petit tapis de prière et me laisse bercer par le sermon en indonésien puis les prières en arabe, attrapant quelque mots au passage mais me laissant plutôt porter par l’atmosphère générale, suivant les gestes, les attitudes...ne me sentant ni étrangère, ni extérieure mais heureuse simplement d’être là.
Puis nous refaisons le chemin inverse, croisant les mêmes personnes mais qui, cette fois, nous délivrent de grands et joyeux sourires et nous souhaitant, d’un ton plus qu’enthousiaste, un bon Idul Fitri, un bon jour de fête. Nos pas furent plus légers alors que nous rejoignons Rungan Sari. Et là révélation, “et si nous prenions un petit-déjeuner...”....il fait jour, mais cette fois, on a le droit de manger... on est tous trop content à cette idée... et nous voilà, cuisinant tous ensemble, omelette, salade de fruit, muesli et jus d’orange pressé... un vrai jour de fête... on se sentait un peu bizarre, au début de manger puis on a bien vite apprécié... et la journée s’est déroulée ainsi, avec ce doux et joyeux sentiment, jouant à loup garou, au volley ball, grignotant des biscuits... La tradition pour Idul fitri est d’avoir une quantité de biscuit à offrir à tous les invités, ce sont des petits biscuits spéciaux pour ce jour là, qui sont délicieux... alors, où que nous allions, nous avions droit à ces petits biscuits...
Ce fut une magnifique journée et les journées qui suivirent ont continué sur la même douce sensation, pleine de petites joies et de moments partagés. Jusqu’au moment, finalement, où les vacances touchaient à leur fin et où les Colombiens repartaient vers leurs contrées lointaines. Nous avons eu un petit moment de blues, une petite dépression post-ramadan, où la vie semblait soudain bien ordinaire. Mais avec Hestu, le démon de l’aventure nous reprenait bien vite et nous décidions, pour clore ces vacances, de partir à la découverte du vrai Kalimantan, de la jungle, de la vie dans les villages, de la vie qui se laisse porter et bercer par la rivière. La suite au prochain épisode....
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